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Michel Martelly de retour à Port-au-Prince : le parquet donnera-t-il enfin suite au rapport de l’ULCC ?

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Le président haïtien Michel Joseph Martelly attend de prendre la parole devant les participants lors de la 70e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, en octobre 2015. Carlo Allegri/Reuters/Archives.

L’ancien président est revenu en Haïti le mercredi 15 juillet 2026, après plusieurs années passées à l’étranger. Son arrivée intervient alors qu’un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption recommande, depuis décembre 2025, la mise en mouvement de l’action publique contre lui pour fausse déclaration de patrimoine. Désormais présent sur le territoire national, Michel Martelly sera-t-il convoqué par le parquet ou bénéficiera-t-il, une nouvelle fois, de la passivité de la justice haïtienne ?

Le retour de Michel Joseph Martelly à Port-au-Prince ne constitue pas seulement un événement politique et médiatique. Il place également le système judiciaire haïtien devant ses responsabilités.

L’ancien président, qui a dirigé Haïti de mai 2011 à février 2016, est revenu au pays le mercredi 15 juillet 2026, après plusieurs années passées notamment en Floride. Plusieurs sources situent son arrivée à Port-au-Prince dans la matinée, mais aucune heure précise et vérifiable d’atterrissage n’a été rendue publique. Il serait d’abord arrivé au Cap-Haïtien à bord d’un avion privé, avant de rejoindre la capitale sur un vol intérieur de la compagnie haïtienne Sunrise Airways.

Le Nouvelliste situe son arrivée à l’aérogare Guy-Malary, tandis que d’autres médias évoquent plus largement l’aéroport international Toussaint-Louverture. La formulation la plus précise consiste donc à indiquer que l’ancien chef de l’État est arrivé à l’aérogare Guy-Malary, dans la zone aéroportuaire de Port-au-Prince.

Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent Michel Martelly à proximité d’un véhicule tout-terrain noir, après sa sortie de l’aéroport. Interrogé à chaud par une journaliste, il s’est contenté d’une brève déclaration : « Kenbe la. Je suis content d’être là. »

Des agents de la Police nationale d’Haïti ainsi que d’anciens collaborateurs politiques se trouvaient à l’aéroport. Rezo Nòdwès cite notamment la présence de Léon Ronsard Saint-Cyr, Jacques Stevenson Timoléon et Patrick Brutus. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas de déterminer précisément la nature du dispositif policier déployé autour de l’ancien président.

Après l’aéroport, Michel Martelly s’est rendu à sa résidence de Péguy-Ville, dans la commune de Pétion-Ville, où l’attendaient des sympathisants, des alliés politiques et des groupes de rara. Les sources divergent sur l’importance exacte du rassemblement : certaines évoquent quelques dizaines de personnes, d’autres une foule plus importante, sans fournir de comptage indépendant.

Un ancien ministre, cité par Le Nouvelliste, a affirmé que l’ancien président s’occupait du rétablissement de l’électricité et de la connexion Internet de sa résidence, tout en tenant une réunion avec des alliés. Aucune communication officielle n’a cependant précisé la durée de son séjour, son agenda ni les raisons exactes de son retour.

Derrière les images de retrouvailles, les bandes de rara et les démonstrations de soutien se pose désormais une question autrement plus sérieuse :

Le parquet de Port-au-Prince profitera-t-il de la présence de Michel Martelly sur le territoire national pour donner les suites judiciaires recommandées par l’Unité de lutte contre la corruption ?

Un rapport transmis à la justice depuis décembre 2025

Le 8 décembre 2025, l’ULCC a transmis aux autorités judiciaires un rapport recommandant formellement la mise en mouvement de l’action publique contre Michel Martelly pour des faits présumés de fausse déclaration de patrimoine.

L’institution anticorruption affirme avoir relevé des retards, des irrégularités de datation, des omissions et des contradictions dans les déclarations de patrimoine déposées par l’ancien chef de l’État à son entrée et à sa sortie de fonction.

Sa déclaration d’entrée aurait été authentifiée le 11 juillet 2011, alors qu’il avait pris ses fonctions le 14 mai de la même année. Selon l’ULCC, ce dépôt aurait donc été réalisé après l’expiration du délai légal. Sa déclaration de sortie aurait, quant à elle, été produite et authentifiée le 30 janvier 2018, soit près de deux ans après la fin de son mandat, intervenue le 7 février 2016.

La loi haïtienne du 12 février 2008 impose aux hauts fonctionnaires concernés de déclarer leur patrimoine dans les trente jours suivant leur entrée en fonction et dans les trente jours suivant leur départ. La documentation de l’ULCC rappelle que cette déclaration doit notamment inclure les biens immobiliers, les comptes bancaires, les investissements, les véhicules, les revenus ainsi que les dettes de la personne assujettie.

D’après les éléments du rapport repris par plusieurs médias, les enquêteurs auraient également relevé des discordances entre certains comptes bancaires déclarés par Michel Martelly et les informations recueillies au cours de leurs investigations. L’ULCC évoque notamment des omissions et des contradictions susceptibles, selon elle, de caractériser une fausse déclaration de patrimoine.

Ces conclusions doivent néanmoins être replacées dans leur cadre juridique. Le rapport de l’ULCC est un document administratif à portée judiciaire ; il ne constitue pas une condamnation. Michel Martelly reste présumé innocent tant qu’une juridiction compétente ne l’a pas reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés.

Mais la présomption d’innocence ne doit pas être détournée de sa fonction. Elle protège toute personne contre une condamnation anticipée. Elle n’empêche ni l’ouverture d’une information judiciaire, ni une convocation, ni une audition, ni l’examen contradictoire des faits signalés par une institution publique.

Un dossier maintenu dans l’attente

Au début du mois de février 2026, le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Dorval Jean Patterson, avait confirmé que le parquet avait reçu le rapport de l’ULCC et qu’il examinait les suites procédurales à lui donner.

Selon les informations publiées à cette période, la défense de Michel Martelly avait adressé au parquet une requête contestant plusieurs éléments du rapport. Ses avocats auraient soutenu que l’enquête comportait des insuffisances et des informations qu’ils jugeaient inexactes.

Le chef du parquet expliquait alors devoir déterminer s’il convenait de transmettre le dossier au cabinet d’instruction, de tenir compte des objections de la défense ou de solliciter des compléments d’enquête auprès de l’ULCC. À ce stade, le dossier n’avait pas encore été transmis à un juge d’instruction.

Plus de cinq mois après ces déclarations, aucune information publique clairement établie ne permet d’affirmer que l’action publique a effectivement été mise en mouvement sur la base du rapport de l’ULCC.

Le retour de Michel Martelly ramène donc une question au premier plan : où en est l’analyse annoncée par le parquet ?

Combien de temps faut-il à la justice pour décider si un rapport produit par une institution officielle contient des éléments suffisamment sérieux pour justifier l’ouverture d’une procédure ? Et pourquoi l’opinion publique ne dispose-t-elle toujours pas d’une information claire sur l’orientation donnée à ce dossier ?

Le silence du parquet alimente inévitablement l’image d’une justice à plusieurs vitesses : souvent rapide envers les citoyens sans pouvoir ni influence, mais extrêmement prudente — jusqu’à l’immobilisme — lorsque les dossiers concernent d’anciens hauts dirigeants de l’État.

Sa présence sur le territoire écarte désormais l’argument de l’éloignement

Le retour de Michel Martelly ne déclenche pas automatiquement des poursuites judiciaires. La présence d’une personne sur le territoire ne suffit pas, à elle seule, à établir sa culpabilité ou à justifier son arrestation.

Il appartient au parquet d’évaluer juridiquement le rapport de l’ULCC et de respecter les garanties procédurales reconnues à l’ancien président. Toute décision doit reposer sur le droit et sur les éléments du dossier, non sur la pression de la rue ou sur une volonté de produire un spectacle judiciaire.

Cependant, sa présence physique en Haïti réduit au moins une difficulté pratique : celle de son éloignement. Si le parquet estime que les éléments réunis par l’ULCC justifient une convocation, une audition ou la saisine d’un juge d’instruction, Michel Martelly se trouve désormais à Port-au-Prince.

La justice ne peut donc plus simplement donner l’impression d’attendre indéfiniment.

L’ancien président est rentré publiquement. Il a traversé la zone aéroportuaire sous le regard des caméras. Il a rejoint sa résidence de Péguy-Ville. Il a rencontré des alliés et reçu ses partisans. Sa présence sur le territoire national est établie et largement documentée.

Le parquet va-t-il lui adresser une convocation dans le dossier de déclaration de patrimoine ? Le rapport sera-t-il transmis à un juge d’instruction ? Des compléments d’enquête ont-ils été demandés à l’ULCC ? Ou le dossier restera-t-il bloqué au stade d’une éternelle “analyse juridique” ?

Une autre convocation dans l’affaire Jovenel Moïse

Le retour de Michel Martelly intervient également dans un contexte judiciaire particulier. L’ancien président fait l’objet d’une convocation, à titre de témoin, dans le cadre du supplément d’enquête portant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

Une comparution avait été programmée pour le 18 juin 2026, avant d’être reportée. Les informations disponibles précisent que Michel Martelly est convoqué comme témoin et qu’il n’a pas été inculpé dans cette affaire.

Les deux dossiers doivent être rigoureusement distingués. La convocation relative à l’assassinat de Jovenel Moïse n’a pas le même objet que le rapport de l’ULCC sur les déclarations de patrimoine.

Cependant, leur coexistence pose une même question institutionnelle : la justice haïtienne est-elle disposée à entendre un ancien président et à examiner les faits le concernant comme elle le ferait pour n’importe quel autre justiciable ?

Le respect dû à la fonction présidentielle passée ne peut devenir un mécanisme d’immunité permanente. Michel Martelly doit évidemment bénéficier de tous ses droits, notamment du droit à la défense et de la présomption d’innocence. Mais il ne devrait pas bénéficier d’un privilège de silence ou d’inaction en raison de son ancien statut, de son influence politique ou de sa capacité de mobilisation.

Le parquet face à l’épreuve de sa crédibilité

Il ne s’agit pas de réclamer une arrestation spectaculaire à la sortie de l’aéroport ni de confondre justice et vengeance politique. Il s’agit de demander au parquet d’accomplir son travail avec indépendance, transparence et diligence.

Si le rapport de l’ULCC est insuffisant, le parquet doit expliquer les motifs juridiques de cette appréciation et solliciter les compléments nécessaires. Si les indices lui paraissent sérieux et concordants, il doit mettre l’action publique en mouvement et transmettre le dossier à l’autorité judiciaire compétente.

Mais maintenir indéfiniment cette affaire dans une zone grise, sans décision identifiable et sans explication publique, reviendrait à vider le travail de l’ULCC de toute portée concrète.

À quoi sert-il de financer une institution anticorruption, de mobiliser des enquêteurs, de recueillir des informations bancaires et de produire des rapports détaillés si ces documents sont destinés à dormir dans les tiroirs du parquet dès qu’ils concernent une personnalité politiquement influente ?

L’efficacité de la lutte contre la corruption ne se mesure pas au nombre de rapports publiés lors de cérémonies officielles. Elle se mesure aux suites judiciaires données à ces rapports, dans le respect des droits de la défense et dans des délais raisonnables.

Michel Martelly est là : que fera la justice ?

Michel Martelly est désormais à Port-au-Prince. Son arrivée le 15 juillet 2026, dans la matinée, a été filmée, photographiée et abondamment commentée. Il a rejoint sa résidence de Péguy-Ville, rencontré des alliés et été accueilli par ses partisans.

Le rapport de l’ULCC, lui, se trouve entre les mains du parquet depuis le 8 décembre 2025. La défense de l’ancien président a pu présenter ses objections. Le commissaire du gouvernement a annoncé une analyse juridique. Plusieurs mois se sont écoulés. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que l’ULCC reproche à Michel Martelly. Elle est de savoir ce que le parquet entend faire des conclusions de cette institution.

Le retour de l’ancien président offre à la justice haïtienne une occasion de démontrer que nul n’est au-dessus de la loi. Non pas en organisant une condamnation anticipée, mais en faisant fonctionner normalement les institutions : examiner les faits, entendre la défense, décider des suites et informer la société.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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