
Port-au-Prince, 13 juillet 2026 — Plusieurs partis, groupements et regroupements politiques haïtiens ont demandé au Conseil électoral provisoire (CEP) de reporter les périodes fixées pour leur inscription. Dans une note de position politique, les organisations signataires affirment que les conditions juridiques, institutionnelles et sécuritaires ne permettent pas d’engager cette étape du processus électoral dans des conditions satisfaisantes.
Le CEP a prévu l’inscription des groupements politiques du 13 au 17 juillet 2026, soit une période de cinq jours, puis celle des regroupements politiques du 22 au 27 juillet 2026.
Les auteurs de la note jugent ces délais insuffisants au regard des démarches politiques nécessaires à la constitution d’alliances et de plateformes.
Un cadre juridique contesté
La première préoccupation soulevée concerne la forme et la portée de la communication du CEP. Selon les signataires, celle-ci ne comporte ni numéro de référence ni certains éléments administratifs généralement associés à un acte officiel. Ils considèrent que ces omissions soulèvent des interrogations sur sa valeur juridique et affaiblissent sa portée institutionnelle.
Les organisations politiques signalent également l’existence de versions distinctes des textes appelés à régir les élections. Elles évoquent, d’une part, un projet de décret présenté dans sa version intégrale et, d’autre part, une série d’articles modifiés ou corrigés au niveau de la Primature.
Pour les signataires, cette coexistence de textes entretient une incertitude juridique susceptible de provoquer des contestations politiques ou judiciaires.
Ils demandent donc que le cadre normatif soit clarifié, harmonisé et définitivement arrêté avant la mise en œuvre des étapes techniques du processus électoral.
Des délais considérés comme trop courts
La note insiste par ailleurs sur la nature politique de la constitution des groupements et regroupements. Les auteurs estiment que cette démarche ne peut être réduite à une formalité administrative, puisqu’elle suppose des consultations, des négociations, des convergences programmatiques et des arbitrages internes.
Dans ce contexte, le délai de cinq jours prévu pour l’inscription des groupements est jugé trop restreint. Les signataires craignent qu’un calendrier aussi resserré ne limite la participation de certaines forces politiques et ne porte atteinte au caractère inclusif du processus électoral.
La situation sécuritaire présentée comme un obstacle majeur
Les formations politiques placent également la question sécuritaire au centre de leurs préoccupations. Elles rappellent que, depuis l’ouverture des discussions sur la transition politique, le rétablissement de la sécurité publique est régulièrement présenté comme une condition préalable à l’organisation d’élections libres, honnêtes, inclusives et démocratiques.
Or, selon la note, la situation demeure préoccupante dans plusieurs régions du pays. L’insécurité affecterait la liberté de circulation de la population, le fonctionnement des institutions ainsi que la capacité des acteurs politiques à mener leurs activités.
Les signataires reconnaissent que la sécurité nationale ne relève pas exclusivement du CEP, mais principalement du pouvoir exécutif.
Ils considèrent néanmoins que l’institution électorale doit vérifier, en coordination avec les autorités compétentes, l’existence de conditions minimales de sécurité avant d’engager de manière irréversible le processus.
Quatre demandes adressées au CEP
À l’issue de leur argumentaire, les organisations politiques formulent quatre demandes précises. Elles réclament : la suspension des dates annoncées pour l’inscription des groupements et regroupements politiques ; la publication préalable de la version intégrale, harmonisée et définitive du décret électoral ; la présentation d’un calendrier électoral réaliste, établi à partir d’une évaluation des conditions politiques, institutionnelles et sécuritaires ; l’ouverture d’un dialogue formel avec les forces politiques et les principaux acteurs nationaux afin de rechercher un consensus minimal sur les modalités d’organisation du scrutin.
Une démarche portée par plusieurs organisations
La note porte notamment les signatures de représentants d’EDE, du RDNP, de la KID, de Nouvelle Orientation, du SDP, de Veye Yo, de Debout Citoyen, d’Anfòs Ayiti, de Kore-N, de l’ENA, d’Ann Chanje Lavi, de ROSPO, de COREPAD/PEA, de PEN/G8PA, de Vwa Lwès, de Debout Patriotes, du Parti politique indigène, de C.E.C.I.L.E, de COPPOS-Haïti et Alliés, d’INITE et d’INIFOS.
Parmi les responsables mentionnés figurent notamment Claude Joseph pour EDE, Edouard Wadner pour le RDNP, Marcel Lumérant pour la KID, Jean Michel Lapin pour Nouvelle Orientation, André Michel pour le SDP et Levaillant Louis-Jeune pour INITE.
Dans leur conclusion, les signataires réaffirment leur attachement aux principes démocratiques, à l’État de droit et au renouvellement des institutions républicaines. Ils soutiennent toutefois qu’un scrutin ne pourra être crédible et accepté par la population s’il est organisé dans un contexte marqué par l’incertitude juridique, l’insécurité et la précipitation administrative.
À travers cette prise de position, les formations signataires ne rejettent donc pas le principe des élections. Elles demandent que leur préparation repose sur un cadre légal stabilisé, un calendrier réaliste, des conditions sécuritaires suffisantes et un dialogue avec les acteurs politiques.

