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Pourquoi les autres acteurs politiques se taisent-ils ? André Michel serait-il en train de devenir une figure d’opposition à Fils-Aimé ?

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Dans le paysage politique haïtien, le silence est devenu une forme de positionnement. Alors que l’insécurité continue de détruire des quartiers entiers, que la pauvreté s’aggrave, que les institutions s’affaiblissent et que les élections demeurent incertaines, une grande partie des responsables politiques semble avoir renoncé à interpeller publiquement le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.

Les partis produisent parfois des communiqués. Certains responsables interviennent ponctuellement dans les médias. D’autres participent à des rencontres diplomatiques ou à des négociations discrètes. Mais rares sont ceux qui construisent une opposition visible, régulière et structurée.

C’est dans cet espace politique largement inoccupé qu’André Michel tente de revenir au premier plan.

Une offensive contre le gouvernement

Depuis plusieurs semaines, l’avocat et dirigeant du Secteur démocratique et populaire multiplie les déclarations contre Alix Didier Fils-Aimé. Il concentre ses attaques sur le processus électoral, l’indépendance du Conseil électoral provisoire et la volonté supposée du gouvernement de prolonger la transition.

Dans une publication diffusée sur X le 21 mai 2026 et reprise par la presse, André Michel a accusé le Premier ministre d’avoir « piégé » le processus électoral. Il a dénoncé l’absence de calendrier précis et de mécanisme clairement identifié pour conduire les réformes constitutionnelles annoncées. Pour lui, cette confusion serait destinée à rendre impossibles les élections de 2026.

Quelques semaines plus tard, il a affirmé que « le gouvernement a tout fait pour compliquer le processus électoral afin de rester au pouvoir le plus longtemps possible ». Il a cependant salué la reprise du dialogue entre l’Exécutif et le CEP, tout en demandant que les prérogatives constitutionnelles de l’institution électorale soient respectées.

Ces interventions montrent une volonté de construire un discours d’opposition autour d’un thème central : la défense des élections contre les tentatives présumées de manipulation de l’Exécutif.

Mais les accusations portées par André Michel restent des affirmations politiques. En l’absence d’éléments institutionnels ou judiciaires permettant de les établir, elles doivent être présentées comme telles.

Le décret électoral comme instrument de repositionnement

La nouvelle version du décret électoral est devenue le principal terrain de confrontation. André Michel accuse le gouvernement d’avoir « totalement dénaturé » le texte initial préparé par le CEP.

Il conteste notamment la création d’un poste de directeur général au sein de l’institution électorale. Selon lui, cette disposition permettrait au gouvernement de contrôler la « machine technique et administrative » du CEP. Il critique également les modifications qui auraient été apportées aux conditions d’éligibilité.

L’avocat est allé jusqu’à décrire le gouvernement comme « un petit pouvoir personnel qui veut contrôler toutes les institutions stratégiques du pays ». Une formule offensive, facilement relayée sur les réseaux sociaux, mais qui ne remplace pas une analyse juridique approfondie du décret ni la présentation d’une proposition alternative complète.

André Michel semble ainsi avoir compris qu’une opposition politique se construit aussi par la maîtrise du calendrier médiatique. Chaque controverse autour du CEP devient l’occasion d’une nouvelle déclaration. Chaque désaccord institutionnel est présenté comme la preuve d’un projet de confiscation du pouvoir.

Cette stratégie lui garantit de la visibilité. Elle ne suffit cependant pas à démontrer qu’il dispose d’une capacité réelle à modifier le rapport de force.

Les autres acteurs ne sont pas totalement silencieux

Présenter André Michel comme le seul responsable politique à contester le gouvernement serait inexact.

Le 4 juillet 2026, plusieurs partis et organisations sociales ont signé un communiqué contestant les déclarations du gouvernement sur les consultations relatives au décret électoral. Claude Joseph, Edouard Wadner, Marcel Lumérant, Jean Michel Lapin, André Michel, Kenold Mathieu, Marie Denise Claude et d’autres responsables figurent parmi les signataires.

Les organisations affirment ne pas avoir été invitées à participer aux consultations évoquées par le gouvernement. Elles dénoncent des rencontres menées avec un groupe restreint de structures politiques proches du pouvoir et estiment que ces échanges ne peuvent être présentés comme une consultation nationale. Le communiqué critique également le manque de transparence, l’insécurité, l’effondrement économique et le chaos humanitaire.

La différence réside donc moins dans l’existence de la contestation que dans sa mise en scène publique. Les autres partis s’expriment principalement de manière collective et intermittente. André Michel, lui, personnalise le combat et transforme ses déclarations en séquences médiatiques.

Mais signer les mêmes textes que plusieurs autres dirigeants ne fait pas automatiquement de lui le chef de cette opposition. Cela montre surtout qu’il appartient à une coalition plus large de forces contestant la gestion du processus électoral.

Une fermeté affichée sur la sécurité, sans programme détaillé

Sur la question sécuritaire, André Michel affirme régulièrement qu’il ne doit y avoir aucun dialogue avec les groupes armés : « Pa gen dyalòg ak gang. » Il avait également demandé aux États membres de la Francophonie d’inscrire la coalition Viv Ansanm sur la liste des organisations terroristes, lors d’un échange à Paris avec Emmanuel Adjovi, représentant régional de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Cette position lui permet d’afficher une ligne de fermeté et de dénoncer l’incapacité des autorités à rétablir la sécurité. Elle reste néanmoins insuffisante pour constituer une politique publique.

Refuser toute négociation avec les groupes armés répond à une question de principe. Mais comment reprendre les territoires perdus ? Comment reconstruire la Police nationale ? Quelle articulation avec la justice, la lutte contre le trafic d’armes, la protection des populations déplacées et la reconstruction des quartiers abandonnés ? Sur ces questions, les prises de position recensées ne présentent pas de programme détaillé.

La rhétorique sécuritaire d’André Michel doit donc être évaluée à l’aune de propositions concrètes, et non seulement de formules susceptibles de produire un effet médiatique.

Un activisme auprès des acteurs internationaux

André Michel entretient également une présence dans les discussions internationales consacrées à la crise haïtienne.

En mars 2025, il a participé à une rencontre avec une délégation de l’OIF conduite par Domitien Ndayizeze, ancien président du Burundi. Les échanges portaient sur l’impasse politique, la situation sécuritaire, le bilan du CPT et la question électorale. Il a également pris part à des discussions avec la CARICOM sur l’avenir de la transition.

Cette activité diplomatique peut contribuer à sa visibilité. Mais elle soulève aussi une contradiction ancienne de la politique haïtienne : les responsables qui dénoncent l’ingérence ou l’inefficacité internationale continuent souvent de chercher auprès des organisations étrangères une reconnaissance et un soutien qu’ils peinent à obtenir directement dans la population.

La succession des rencontres avec la CARICOM ou l’OIF ne constitue donc pas, à elle seule, la preuve d’un ancrage populaire ou d’une légitimité politique supérieure.

Un passé politique qui fragilise son discours

La nouvelle posture d’André Michel ne peut être séparée de son parcours.

Longtemps présenté comme l’un des opposants les plus virulents au pouvoir de Jovenel Moïse, il a ensuite soutenu la transition conduite par Ariel Henry. Son secteur a participé aux mécanismes politiques entourant cette gouvernance, pourtant dénoncée par une partie de la population pour son absence de légitimité électorale et son bilan sécuritaire.

Concernant Alix Didier Fils-Aimé, sa position n’a pas toujours été celle d’une opposition frontale. En février 2026, devant l’absence de consensus pour remplacer le CPT, il estimait que le Conseil des ministres présidé par Fils-Aimé devait assurer la continuité de l’État afin d’éviter un vide institutionnel. Il reconnaissait également une part de responsabilité des acteurs politiques, dont lui-même, dans l’incapacité à trouver une solution consensuelle.

Dès novembre 2024, il avait néanmoins dénoncé comme des « coups de force » le renvoi de Garry Conille et la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé. Sa position mêlait donc déjà contestation de la procédure et acceptation ponctuelle d’une continuité institutionnelle dirigée par le nouveau Premier ministre.

Ces évolutions ne lui interdisent pas de critiquer le gouvernement. Mais elles autorisent une interrogation légitime : André Michel défend-il une orientation politique constante ou adapte-t-il sa posture à l’évolution des rapports de force ?

Pourquoi les autres acteurs politiques se taisent-ils ?

Leur discrétion peut traduire plusieurs réalités : fragmentation des partis, absence de projet commun, participation directe ou indirecte aux négociations du pouvoir, peur de perdre un accès aux institutions, ou incapacité à mobiliser une population devenue profondément méfiante envers les élites.

Une partie de la classe politique paraît davantage préoccupée par la prochaine formule de transition que par les urgences sociales. Les débats portent sur la composition des instances, la répartition des postes et la durée des mandats, alors que la population affronte l’insécurité, les déplacements forcés, le chômage et la hausse du coût de la vie.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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