
Après avoir imposé des hausses massives, le gouvernement se félicite aujourd’hui de réductions limitées
Le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé tente de présenter la baisse des prix des carburants annoncée le 3 juillet 2026 comme une mesure de soulagement pour la population. À partir du 7 juillet, le gallon de gazoline est fixé à 650 gourdes, le diesel à 700 gourdes et le kérosène à 690 gourdes. Cette nouvelle grille représente une baisse de 50 gourdes sur la gazoline, de 90 gourdes sur le diesel et de 95 gourdes sur le kérosène par rapport aux prix appliqués depuis la mi-juin.
Mais derrière cette communication gouvernementale se cache une réalité beaucoup moins flatteuse : quelques mois auparavant, le même gouvernement avait procédé à une augmentation brutale et historique des prix des carburants.
En avril 2026, la gazoline était passée de 560 à 725 gourdes (+29,5 %), le diesel de 620 à 850 gourdes (+37,1 %) et le kérosène de 615 à 845 gourdes (+37,4 %).
Les chiffres racontent une autre histoire
Lorsqu’on compare les augmentations d’avril et les diminutions de juillet, le constat est sans appel. La gazoline avait augmenté de 165 gourdes ; elle ne baisse aujourd’hui que de 75 gourdes par rapport au sommet d’avril (725 à 650 gourdes). Le diesel avait augmenté de 230 gourdes ; il ne diminue finalement que de 150 gourdes par rapport au sommet (850 à 700 gourdes). Le kérosène avait augmenté de 230 gourdes ; sa baisse réelle est de 155 gourdes (845 à 690 gourdes).
Autrement dit, une partie importante des hausses imposées au printemps demeure toujours dans les prix actuels.
La gazoline reste encore environ 16 % plus chère qu’avant les décisions gouvernementales du mois d’avril, tandis que le diesel demeure près de 13 % au-dessus de son niveau antérieur et le kérosène autour de 12 % plus élevé. Ces chiffres montrent que le gouvernement n’a pas annulé les augmentations qu’il avait lui-même imposées ; il en a simplement retranché une partie.
Un ajustement qui ne reflète pas la baisse mondiale du pétrole
Cette décision intervient pourtant dans un contexte international marqué par une baisse importante des cours du pétrole.
Au cours des derniers mois, le prix du Brent a reculé d’environ 20 à 25 % par rapport aux sommets atteints lors de la crise du Moyen-Orient, sous l’effet de l’apaisement des tensions et du retour progressif de l’offre sur les marchés internationaux. Cette baisse a permis à plusieurs pays de réduire sensiblement les prix des carburants à la pompe.
Or, en Haïti, la réduction appliquée apparaît beaucoup plus modeste. Les autorités expliquent leur décision par le recul des cours mondiaux du pétrole, mais les consommateurs constatent surtout que les prix restent largement supérieurs à ceux qui prévalaient avant les hausses décrétées par le gouvernement.
En effet, le pouvoir récupère politiquement une baisse qui découle avant tout de l’évolution du marché international, sans pour autant répercuter pleinement les bénéfices de cette évolution au profit des ménages.
Le grand absent : le coût de la vie
La principale faiblesse de cette annonce réside cependant ailleurs. Lorsque les carburants ont augmenté au printemps, les tarifs de transport ont immédiatement explosé. Les prix des produits alimentaires, des matériaux de construction et des biens essentiels ont suivi la même trajectoire. Dans de nombreuses régions du pays, chaque hausse du carburant se répercute mécaniquement sur toute l’économie.
Or, aucune mesure contraignante n’a été annoncée pour obliger les transporteurs ou les distributeurs à répercuter la baisse actuelle. Certains économistes soulignent d’ailleurs que l’impact réel dépendra d’une éventuelle diminution des coûts de transport et des prix des marchandises.
En clair, le gouvernement a fixé de nouveaux prix pour les carburants, mais il n’a pas présenté de mécanisme permettant de faire baisser le coût de la vie.
Aucune politique sociale d’accompagnement
Plus préoccupant encore : les annonces officielles relatives aux hausses comme aux baisses de carburant ne mentionnent aucune mesure d’accompagnement substantielle pour les familles les plus vulnérables. Plusieurs sources indiquent explicitement qu’aucun dispositif particulier n’a été détaillé pour atténuer l’impact de ces fluctuations sur les ménages.
Pas de subvention ciblée. Pas de programme d’aide au transport. Pas de mécanisme de contrôle effectif des prix des produits de première nécessité. Pas de plan national de lutte contre l’inflation.
Alors que les Haïtiens continuent de subir une dégradation accélérée de leur pouvoir d’achat, la réponse gouvernementale semble se limiter à des ajustements ponctuels des prix à la pompe.
Une politique en décalage avec l’urgence nationale
Dans un pays confronté simultanément à l’insécurité, à l’effondrement économique, à la hausse du coût de la vie et à une crise humanitaire persistante, la réduction annoncée apparaît davantage comme une opération de communication que comme une véritable politique économique.
Les ménages n’ont pas seulement besoin d’un gallon de diesel légèrement moins cher. Ils attendent une stratégie cohérente contre l’inflation, une régulation des prix des biens essentiels, des mesures de soutien au pouvoir d’achat et une vision économique capable de répondre à l’ampleur de la crise.
Or, à ce stade, les décisions du gouvernement Fils-Aimé donnent l’impression d’une gestion réactive et fragmentaire : hausse brutale lorsque les cours montent, baisse limitée lorsque les cours baissent, mais aucune réforme structurelle pour protéger durablement la population.
La communication officielle célèbre aujourd’hui la diminution des prix du carburant. Pour une grande partie des Haïtiens, la question demeure pourtant entière : si les carburants baissent, pourquoi la vie reste-t-elle aussi chère ?

