
Port-au-Prince, 9 juillet 2026 — Le Syndicat du Système national de formation professionnelle, SESNFP, a haussé le ton lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 9 juillet. Par la voix de son président, Jean Marie Léveillé, l’organisation syndicale a sévèrement critiqué la gestion du nouveau directeur général de l’Institut national de formation professionnelle (INFP), Franck Lauture, estimant que les promesses de changement annoncées à son arrivée restent, jusqu’ici, sans traduction concrète.
Installé officiellement le 25 mars 2026 à la tête de l’INFP, Franck Lauture avait été présenté comme un responsable appelé à insuffler une nouvelle dynamique à une institution stratégique pour l’avenir des jeunes en Haïti. Lors de son installation, les autorités avaient insisté sur la nécessité de moderniser et de renforcer la formation professionnelle, considérée comme un levier essentiel pour l’employabilité des jeunes et le développement économique du pays. Quelques jours plus tard, le nouveau directeur général avait même présenté un plan d’action pour ses cent premiers jours, axé notamment sur l’accès à la formation, la modernisation des infrastructures et la transparence dans la gestion du secteur.
Mais pour le SESNFP, l’écart entre les discours et la réalité institutionnelle est devenu trop visible pour être ignoré.
« L’avenir de la jeunesse est menacé »
Dès l’ouverture de sa prise de parole, Jean Marie Léveillé a voulu donner à cette sortie syndicale une portée nationale. Selon lui, le syndicat ne parle pas seulement au nom des employés ou des cadres de l’INFP, mais aussi au nom d’une jeunesse haïtienne à qui l’on promet depuis trop longtemps des opportunités sans jamais lui offrir un système de formation professionnelle à la hauteur de ses besoins.
« L’avenir de la jeunesse est menacé », a-t-il martelé, estimant que les jeunes « méritent plus que des discours et des promesses ». Cette formule résume le cœur de la colère syndicale : dans un pays frappé par le chômage, la précarité et l’effondrement de nombreuses institutions publiques, la formation professionnelle devrait être un espace de reconstruction, d’insertion et de dignité. Or, aux yeux du SESNFP, elle demeure prisonnière des mêmes pratiques administratives qui l’affaiblissent depuis des années.
Le syndicat rappelle qu’il dénonce depuis longtemps les « dérives administratives », l’absence de vision, la mauvaise gouvernance et l’abandon progressif du secteur de la formation professionnelle.
Ces critiques ne visent donc pas seulement l’actuelle direction, mais un système institutionnel plus large, marqué par l’inaction, les arrangements internes et la faiblesse des mécanismes de contrôle.
Des attentes fortes après l’installation de Franck Lauture
L’arrivée de Franck Lauture avait pourtant suscité, selon le SESNFP, un certain espoir. Le syndicat dit avoir attendu des décisions courageuses, une volonté de rupture et une réforme réelle de l’institution. L’installation d’un nouveau directeur général pouvait ouvrir une fenêtre de changement : remise en ordre administrative, audit des pratiques internes, réorganisation des directions, clarification des responsabilités et restauration de la confiance.
Ces attentes n’étaient pas déconnectées du discours officiel. Dès ses premières interventions, la nouvelle direction avait mis en avant des priorités fortes : démocratiser l’accès à la formation professionnelle, renforcer la régulation du secteur, améliorer la qualité des formations et promouvoir davantage de transparence. Dans son plan des cent premiers jours, Franck Lauture avait également annoncé des mesures comme la construction de nouvelles écoles professionnelles, une tournée nationale d’évaluation des infrastructures et la publication régulière de la liste des établissements reconnus.
Mais trois mois après son installation, le SESNFP dit ne voir aucun signe tangible de cette rupture annoncée.
Le syndicat dénonce le maintien de cadres contestés
La critique la plus sévère formulée par Jean Marie Léveillé concerne la lutte contre la corruption. Selon lui, plusieurs personnes soupçonnées d’avoir participé à des pratiques contestables seraient toujours en poste. Pire encore, certaines auraient même été promues.
Le président du SESNFP affirme ainsi que « tous les présumés corrupteurs sont encore à leur poste » et qu’ils ne seraient nullement inquiétés par la nouvelle direction. À ses yeux, cette situation traduit une absence de volonté réelle de s’attaquer aux racines du problème. Pour le syndicat, il ne peut y avoir de réforme crédible si les mêmes acteurs, les mêmes méthodes et les mêmes réseaux continuent à fonctionner à l’intérieur de l’institution.
Cette accusation est politiquement lourde. Elle place le directeur général face à une contradiction majeure : comment parler de transparence, de modernisation et de bonne gouvernance si l’institution ne donne aucun signal fort contre les pratiques dénoncées depuis des années ? Comment convaincre les jeunes, les formateurs, les partenaires et les centres de formation que l’INFP entre dans une nouvelle ère si les figures associées aux dérives passées restent protégées ou récompensées ?
Une institution stratégique prise au piège de l’immobilisme
L’INFP n’est pas une administration secondaire. Sa mission touche directement à l’avenir économique et social du pays. L’institution est chargée de réguler, organiser, promouvoir et mettre en œuvre la politique nationale de formation technique et professionnelle à l’échelle du territoire. Dans un contexte haïtien où des milliers de jeunes sont exclus du système scolaire classique, sans emploi et sans perspectives, la formation professionnelle représente l’un des rares chemins possibles vers l’autonomie.
C’est précisément ce qui rend les accusations du SESNFP préoccupantes. Si l’INFP est paralysé par la mauvaise gouvernance, l’absence de vision ou les logiques de clan, ce ne sont pas seulement des employés ou des cadres qui en paient le prix : ce sont des générations entières de jeunes qui voient se refermer les portes de l’apprentissage, de la qualification et de l’emploi.
La dénonciation du syndicat met donc en lumière une question centrale : l’État haïtien veut-il réellement faire de la formation professionnelle un outil de transformation sociale, ou se contente-t-il d’en faire un thème de discours officiel ?
Le SESNFP exige gouvernance, transparence et intégrité
Face à ce qu’il considère comme une continuité inquiétante, le SESNFP exige que l’INFP soit dirigé selon les principes de bonne gouvernance, de transparence, de compétence, d’intégrité et d’intérêt général. Ces mots ne sont pas de simples slogans syndicaux. Ils constituent les conditions minimales pour restaurer la crédibilité d’une institution appelée à former les techniciens, les artisans et les professionnels dont Haïti a cruellement besoin.
Le syndicat demande implicitement une clarification de la ligne de gestion du nouveau directeur général. Franck Lauture entend-il véritablement rompre avec les pratiques dénoncées ? Va-t-il ouvrir des enquêtes internes ? Va-t-il procéder à des changements administratifs sérieux ? Va-t-il publier des critères clairs de nomination, d’évaluation et de gestion ? Ou son mandat se limitera-t-il à une communication institutionnelle sans transformation réelle ?
Trois mois après son installation, la période de grâce semble déjà terminée. Le SESNFP, qui dit avoir espéré un changement, affirme aujourd’hui ne voir « aucun signe de rupture, de réforme et de restructuration ».
Cette prise de position sonne comme un avertissement public adressé à la direction générale de l’INFP, mais aussi aux autorités de tutelle.
Une interpellation directe à Franck Lauture
En définitive, la conférence de presse du SESNFP révèle une fracture entre les attentes placées dans la nouvelle direction et la perception de son action sur le terrain. Pour le syndicat, le problème n’est pas seulement que les réformes tardent ; c’est que les anciennes pratiques semblent survivre à l’arrivée d’un nouveau directeur.
Franck Lauture est désormais placé devant ses responsabilités. Il ne suffit plus d’annoncer une « nouvelle dynamique » ou de promettre la modernisation du secteur. Il lui faudra démontrer, par des décisions visibles, que l’INFP peut être autre chose qu’une institution minée par l’immobilisme et les soupçons.
Dans un pays où l’avenir des jeunes est déjà compromis par l’insécurité, la pauvreté, la crise scolaire et l’absence d’emplois, la formation professionnelle ne peut pas devenir un autre espace de désillusion. Le SESNFP rappelle, avec force, que la jeunesse haïtienne n’a pas besoin de promesses supplémentaires. Elle a besoin d’institutions honnêtes, efficaces et capables de lui ouvrir un avenir.

