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Don de riz, force étrangère et tutelle régionale : le bilan salé d’Alix Didier Fils-Aimé au 51e sommet de la CARICOM

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À son retour à Port-au-Prince, le 8 juillet 2026, le chef du gouvernement a exposé les principales retombées de sa participation à la 51e Réunion ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM.

Selon ses déclarations, les discussions ont porté sur plusieurs dossiers jugés prioritaires : la sécurité, la situation migratoire des ressortissants haïtiens, notamment la fin du TPS, l’accompagnement du processus électoral, ainsi que le renouvellement du mandat de la Force multinationale d’appui à la sécurité.

Mais derrière cette communication officielle se lit moins une victoire diplomatique qu’un aveu d’impuissance. Le gouvernement haïtien semble désormais chercher à l’extérieur les réponses aux crises les plus fondamentales du pays : la faim, l’insécurité, l’effondrement institutionnel et l’organisation des élections.

Le don de 500 tonnes de riz : la charité comme politique publique

L’une des annonces mises en avant par le Premier ministre concerne le don de 500 tonnes de riz promis par le président du Guyana afin de soutenir les efforts du gouvernement dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.

Présentée comme une retombée positive du sommet, cette annonce devrait pourtant susciter un profond malaise. Comment un pays à vocation agricole, longtemps capable de nourrir une partie importante de sa population, en arrive-t-il à présenter un don de riz comme une réussite diplomatique ?

Ce riz n’est pas seulement une aide humanitaire. Il devient le symbole d’un État qui ne parvient plus à garantir à sa population l’accès aux biens essentiels. Au lieu d’annoncer un plan national de relance agricole, de soutien aux producteurs locaux, de sécurisation des zones rurales et de reconstruction des circuits d’approvisionnement, le gouvernement célèbre une aide alimentaire ponctuelle.

Cette diplomatie de la charité ne règle rien. Elle expose au contraire l’échec des politiques publiques et l’abandon progressif de la souveraineté alimentaire du pays.

Sécurité : le recours renforcé à une force étrangère

Sur le plan sécuritaire, le Premier ministre a plaidé pour le renouvellement du mandat de la Force multinationale d’appui à la sécurité et pour le déploiement complet de ses effectifs.

Officiellement, cette force est présentée comme une réponse à l’emprise des gangs et à la nécessité de rétablir l’ordre. Mais politiquement, cette demande confirme une tendance lourde : l’externalisation de la sécurité nationale.

Au lieu de présenter une stratégie haïtienne claire, fondée sur le renforcement de la Police nationale, la reconstruction du système judiciaire, la lutte contre les réseaux de financement des gangs et la reprise du contrôle des territoires abandonnés, le gouvernement continue de miser sur une force étrangère.

Cette orientation pose une question majeure : peut-on restaurer durablement la sécurité d’un pays en confiant l’essentiel de cette mission à des acteurs extérieurs ? La présence étrangère peut contenir certaines violences, mais elle ne peut remplacer un État absent, une justice défaillante et une gouvernance discréditée.

Une force étrangère contre les gangs, ou une force de contrôle social ?

Le discours officiel présente la force multinationale comme un outil de lutte contre les gangs. Pourtant, dans l’histoire récente d’Haïti, les interventions étrangères ont rarement permis de résoudre les causes profondes des crises.

Le risque est de voir cette force devenir avant tout un instrument de stabilisation minimale, destiné à contenir la colère sociale, protéger certaines zones stratégiques et permettre l’organisation d’élections dans un contexte encore largement contrôlé par l’insécurité.

La question est donc politique : s’agit-il réellement de libérer la population de l’emprise des gangs, ou de créer les conditions d’un ordre imposé, piloté de l’extérieur, sans transformation profonde des structures de domination internes ?

La CARICOM en mission d’évaluation : une tutelle qui ne dit pas son nom

Autre annonce significative : la visite prévue, à la fin du mois de juillet, d’une délégation de haut niveau de la CARICOM en Haïti. Cette délégation doit évaluer les progrès réalisés en matière de sécurité et les préparatifs des prochaines élections.

Là encore, le gouvernement présente cette visite comme une démarche d’accompagnement. Mais le mot important est ailleurs : évaluer.

Cette mission consacre une forme de mise sous observation du gouvernement haïtien. Ce ne sont plus seulement les autorités haïtiennes qui rendent compte à leur peuple ; elles semblent désormais devoir rendre compte à des acteurs régionaux chargés d’apprécier leurs progrès.

La CARICOM peut jouer un rôle de médiation et de solidarité. Mais lorsqu’elle vient examiner l’action d’un gouvernement, mesurer ses avancées et valider indirectement son calendrier politique, elle s’approche dangereusement d’une logique de tutelle.

Élections sous surveillance : quelle légitimité pour le processus politique ?

Le sommet a également permis d’aborder l’accompagnement du processus électoral en Haïti. Mais dans un pays où des quartiers entiers sont sous contrôle armé, où les déplacements sont limités, où l’administration publique est fragilisée et où la confiance populaire est profondément abîmée, parler d’élections sans souveraineté réelle du peuple relève d’une fuite en avant.

Des élections organisées sous pression internationale, dans un climat de peur et sous présence étrangère, risquent de produire une légalité formelle sans légitimité démocratique.

Le danger est évident : utiliser le scrutin comme outil de normalisation institutionnelle, non comme expression libre de la volonté populaire.

Migration et fin du TPS : symptôme d’un pays que ses citoyens fuient

Le Premier ministre a également indiqué que la question migratoire, notamment la fin du TPS, avait été abordée avec les dirigeants de la région.

Mais là encore, le gouvernement semble traiter la migration principalement comme un dossier diplomatique. Or, le départ massif des Haïtiens est d’abord le symptôme d’un effondrement national : insécurité, chômage, pauvreté, absence de services publics, perte de confiance dans l’avenir.

Les Haïtiens ne quittent pas massivement leur pays par hasard. Ils partent parce qu’ils ne trouvent plus les conditions minimales pour vivre, travailler, circuler, étudier et élever leurs enfants en sécurité.

Une diplomatie de dépendance plutôt qu’une politique de souveraineté

Le bilan présenté par Alix Didier Fils-Aimé repose donc sur une contradiction profonde. D’un côté, le gouvernement parle de coopération régionale, de soutien diplomatique, de sécurité alimentaire, d’appui électoral et de partenariat sécuritaire.

De l’autre, chaque annonce révèle une dépendance supplémentaire : dépendance alimentaire avec le don de riz du Guyana ; dépendance sécuritaire avec le recours renforcé à une force étrangère ; dépendance politique avec la mission d’évaluation de la CARICOM ; dépendance diplomatique dans la gestion de la question migratoire ; dépendance institutionnelle dans l’accompagnement du processus électoral.

Ce n’est donc pas un bilan de souveraineté que le Premier ministre a présenté, mais un bilan de mise sous assistance.

Conclusion : Haïti sous perfusion régionale et internationale

Le sommet de Sainte-Lucie devait montrer une Haïti active dans la Caraïbe. Il révèle plutôt une Haïti placée sous perfusion diplomatique, alimentaire, sécuritaire et politique.

L’aide régionale peut être nécessaire. La solidarité internationale peut être utile. Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle se transforme en mécanisme de contrôle, en substitut à l’État et en source de légitimation pour un pouvoir incapable de convaincre sa propre population.

Haïti n’a pas seulement besoin de riz, de missions étrangères ou d’évaluateurs régionaux. Haïti a besoin d’un État responsable, d’institutions légitimes, d’une sécurité reconstruite par et pour les Haïtiens, d’une politique agricole nationale et d’un processus électoral réellement souverain.

En présentant ce retour de sommet comme un succès, le gouvernement tente de transformer la dépendance en diplomatie. Mais le véritable bilan est plus brutal : Haïti continue de perdre le contrôle de ses décisions essentielles, pendant que ses dirigeants cherchent à l’extérieur une légitimité qu’ils peinent à construire à l’intérieur du pays.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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