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CEP–Primature : Jacques Desrosiers demande une rencontre urgente avec Fils-Aimé pour éviter une crise ouverte

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Alix Didier Fils-Aimé et les membnres du CEP.

Alors que le gouvernement veut installer un Directeur général au Conseil électoral provisoire, le président du CEP alerte sur un désaccord susceptible “d’enfoncer davantage le pays”.

Le bras de fer entre la Primature et le Conseil électoral provisoire entre dans une phase critique. Dans une correspondance datée du 4 juin 2026, adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le président du CEP, Jacques Desrosiers, sollicite officiellement une rencontre avec le chef du gouvernement afin de discuter des profonds désaccords entre les deux institutions.

Selon le courrier, cette démarche vise à éviter une confrontation entre le CEP et l’Exécutif, dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions autour du décret électoral et de la gouvernance interne de l’institution électorale.

Dans cette lettre, Jacques Desrosiers explique avoir été informé, le mercredi 3 juin 2026, par le secrétaire général de la Primature, de la décision du Premier ministre d’installer, le vendredi 5 juin 2026, un Directeur général au sein du CEP. Le président du Conseil électoral écrit :

« Le mercredi 3 juin 2026, aux environs de huit heures du soir, j’ai reçu un appel du Secrétaire général de la Primature m’informant de votre décision d’installer, le vendredi 5 juin 2026, un Directeur général au Conseil électoral provisoire (CEP). »

Une demande de rencontre pour éviter la confrontation

Le courrier de Jacques Desrosiers n’est pas une simple formalité administrative. Il s’agit d’un avertissement politique et institutionnel. Le président du CEP y affirme que le désaccord actuel avec la Primature risque d’aggraver la crise nationale. Il écrit notamment : « Ce profond désaccord est sur le point de plonger le pays encore plus dans la crise. »

Face à cette situation, Jacques Desrosiers appelle au dialogue. Il affirme que le CEP et le gouvernement ont la responsabilité de rechercher une issue afin d’éviter une détérioration supplémentaire de la situation. Dans le courrier, le président du CEP précise : « Il est donc de la responsabilité du CEP et du gouvernement de travailler afin d’éviter d’enfoncer davantage le pays. »

C’est dans cet esprit que le président du Conseil électoral provisoire demande une rencontre directe avec le Premier ministre. Il écrit :

« À cet effet, au nom du Conseil électoral provisoire, je sollicite une rencontre entre le CEP et vous pour discuter de nos points de désaccords. »

Le Directeur général, point central du conflit

Au cœur de la crise se trouve la volonté de la Primature d’installer un Directeur général au sein du CEP. Pour l’Exécutif, cette nomination semble relever d’une logique administrative. Pour le CEP, elle touche directement à l’indépendance institutionnelle de l’organisme chargé d’organiser les élections.

Jacques Desrosiers rappelle dans sa lettre que le CEP s’est toujours opposé à cette démarche. Il écrit :

« Au regard du principe d’indépendance institutionnelle, le CEP s’est toujours opposé à la nomination et à l’installation d’un Directeur général à la tête de l’organisme électoral, tant par devant l’ancien Conseil présidentiel de transition (CPT) que par devant vous, Monsieur le Premier ministre. »

Cette phrase est essentielle. Elle montre que l’opposition du CEP n’est pas nouvelle et qu’elle ne relève pas d’un simple désaccord ponctuel avec l’actuel gouvernement. Le Conseil électoral considère cette nomination comme une menace directe contre son autonomie. Dans une institution électorale, la direction administrative peut peser sur les opérations internes, la logistique, les ressources et l’exécution technique du processus.

C’est pourquoi cette tentative d’installation d’un Directeur général est perçue comme une possible mise sous tutelle de l’appareil électoral.

Le CEP veut éviter une crise institutionnelle

Malgré la gravité du différend, Jacques Desrosiers adopte dans sa lettre une posture de dialogue. Il ne ferme pas la porte à une solution négociée. Au contraire, il insiste sur la nécessité d’éviter une confrontation ouverte entre le CEP et le gouvernement. Le président du CEP écrit ainsi :

« Par cette démarche, je veux éviter toute confrontation entre le CEP et le gouvernement qui ne serait aucunement bénéfique pour la Nation. »

Cette formulation est lourde de sens. Elle signifie que le CEP mesure les conséquences politiques d’un affrontement direct avec la Primature. Dans un pays déjà traversé par l’insécurité, l’instabilité institutionnelle et une profonde méfiance envers le processus électoral, une crise ouverte entre l’arbitre électoral et le pouvoir exécutif pourrait compromettre davantage la crédibilité des élections annoncées pour 2026. Le courrier se termine par une demande de réponse rapide. Jacques Desrosiers écrit :

« Espérant qu’une réponse célère et positive sera accordée à cette demande, recevez, Monsieur le Premier ministre, l’expression de mes sentiments patriotiques. »

Uder Antoine, symbole d’un affrontement plus profond

Le conflit s’est encore durci avec la nomination d’Uder Antoine comme Directeur général du CEP. D’après HaitiLibre, le Conseil des ministres a nommé Uder Antoine, alors Directeur exécutif depuis plus de deux mois, comme Directeur général du CEP. Après avoir pris connaissance de cet arrêté, le CEP a adopté une résolution résiliant son contrat de travail avec effet immédiat et lui interdisant l’accès aux locaux de l’institution jusqu’à nouvel ordre.

Cette séquence montre que la crise n’est plus seulement déclarative. Elle se traduit par des actes contradictoires : d’un côté, la Primature nomme ; de l’autre, le CEP révoque et interdit l’accès.

Des règles électorales profondément modifiées

Les désaccords ne portent pas uniquement sur la nomination d’un Directeur général. Selon AlterPresse, Jacques Desrosiers a indiqué que le projet de décret transmis par la Primature serait différent à plus de 60 % du texte proposé par le CEP. Les changements évoqués concernent notamment les conditions de participation des partis politiques, les exigences financières, les seuils d’accès au processus électoral, l’organisation interne du CEP, les pouvoirs de la direction générale, la tabulation, la transmission des résultats et les structures du contentieux électoral.

Ces éléments sont particulièrement sensibles. Modifier la tabulation, la transmission des résultats ou les règles du contentieux électoral revient à toucher aux mécanismes centraux de la crédibilité d’un scrutin.

Dans ce contexte, la demande de rencontre formulée par Jacques Desrosiers apparaît comme une tentative de désamorcer une crise qui menace désormais l’ensemble du processus électoral.

Une ligne rouge démocratique

Le CEP est censé garantir l’impartialité du processus électoral. Son indépendance n’est donc pas un détail institutionnel : elle est la condition minimale de la confiance publique. Lorsque l’Exécutif tente d’intervenir dans son organisation interne et dans les règles du jeu électoral, il fragilise cette confiance.

La demande de rencontre de Jacques Desrosiers doit donc être lue comme une alerte. Le président du CEP ne se contente pas de protester contre une nomination. Il prévient que le désaccord actuel peut aggraver la crise nationale.

En écrivant que ce conflit risque « d’enfoncer davantage le pays », il met directement la Primature face à ses responsabilités.

Conclusion : le CEP tend la main, la Primature joue avec le feu

En demandant une rencontre avec Alix Didier Fils-Aimé, Jacques Desrosiers tente d’éviter une confrontation institutionnelle dont Haïti n’a pas besoin. Mais cette main tendue intervient après une série d’actes qui alimentent les soupçons d’ingérence : décret électoral modifié, nomination contestée d’un Directeur général, tensions autour de l’autonomie administrative du CEP.

Le gouvernement affirme vouloir organiser des élections crédibles. Mais des élections crédibles ne peuvent pas naître d’un arbitre affaibli, contesté ou placé sous pression. Si la Primature veut réellement restaurer la confiance, elle doit répondre positivement à la demande de rencontre du CEP et renoncer à toute démarche pouvant être perçue comme une mise sous tutelle de l’institution électorale.

La question centrale n’est donc plus seulement de savoir quand les élections auront lieu. Elle est désormais de savoir si le CEP pourra les organiser librement, sans pression de l’Exécutif.

Sherley Francois
Sherley Francois
Sherley François est journaliste pour Résistance Presse. Passionnée par l’information indépendante, elle cherche à éclairer les enjeux qui façonnent la société et à rendre compte des réalités souvent négligées par les médias dominants.

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