Le vendredi 13 mars 2026, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a organisé une rencontre avec des représentants de partis politiques haïtiens autour de la mise en œuvre du Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Selon les informations communiquées à l’issue de cette réunion, les échanges ont mis en avant « l’urgence d’un effort collectif pour préparer des scrutins crédibles et installer des élus ».
Dans un message adressé aux participants, la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en Haïti, María Isabel Ruiz Massieu, a souligné l’importance du dialogue entre les acteurs haïtiens afin de renforcer la stabilité politique, restaurer la gouvernance démocratique et soutenir le processus électoral.
Cependant, cette initiative suscite des critiques dans certains milieux politiques et intellectuels qui y voient une forme d’ingérence dans les affaires internes du pays. Pour ces observateurs, la tenue d’une telle rencontre par une mission internationale pose la question du rôle que doit jouer la communauté internationale dans le fonctionnement du système politique haïtien.
Les détracteurs de cette démarche estiment que l’Organisation des Nations Unies, à travers le BINUH, dépasse le cadre d’un simple appui technique lorsqu’elle réunit directement des partis politiques pour discuter de l’organisation du processus électoral. Selon eux, la préparation des élections et les orientations politiques liées à la gouvernance démocratique devraient relever avant tout des institutions nationales et des acteurs politiques haïtiens eux-mêmes.
Dans cette perspective, certains acteurs politiques considèrent que ce type de rencontre contribue à renforcer la perception d’une tutelle internationale persistante sur la vie politique haïtienne. Ils rappellent que la souveraineté politique implique que les partis, les institutions et les citoyens du pays puissent débattre et décider eux-mêmes des modalités du processus électoral.
Les critiques ne visent pas uniquement les acteurs internationaux. Plusieurs voix pointent également la responsabilité des partis politiques ayant participé à cette réunion, dont : Fanmi Lavalas, EDE, OPL, RDNP, Renmen Haïti, Nouvelle Orientation, MNT, Congrès Patriotique. Pour Joel Laguerre, membre du Collectif Citoyen Engagé, le fait d’accepter de se réunir sous l’égide d’une mission internationale pour discuter d’enjeux liés à l’organisation des élections peut être interprété comme un manque d’autonomie politique.
Dans les milieux les plus critiques, les militants de la ligue haïtienne anti-impérialiste n’hésitent, Yves Jean Marie, n’hésitent pas à qualifier ces formations politiques de « relais » ou de « valets de l’impérialisme », estimant qu’elles se prêtent à une dynamique qui affaiblit la capacité des acteurs haïtiens à définir eux-mêmes l’avenir politique du pays.
Ce débat renvoie à une question plus large : celle du rôle et des limites de la présence internationale en Haïti. Alors que l’ONU affirme agir pour soutenir la stabilité et le processus démocratique, ses détracteurs considèrent que certaines initiatives peuvent être perçues comme une intrusion dans la vie politique nationale.
Dans un contexte marqué par une crise institutionnelle prolongée et par la difficulté d’organiser des élections, la question de l’équilibre entre accompagnement international et respect de la souveraineté nationale reste au cœur des débats sur l’avenir politique d’Haïti.

