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Raina Forbin au Maroc : les « mensonges » de la ministre lors de la Deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix

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Raina Forbin, ministre des affaires étrangères et des cultes à la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, organisée à Rabat, au Maroc. @ photos : facebook MAE

Dans les salons feutrés de la Deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, les diplomates défilent, les discours s’enchaînent et les déclarations officielles tentent de donner une image de stabilité aux États représentés.

Mardi, au milieu des représentants de 63 délégations internationales réunies sous l’égide de la France et du Maroc, la ministre haïtienne des Affaires étrangères Raina Forbin a pris la parole pour défendre l’action du gouvernement de Didier Fils-Aimé.

À l’entendre, Haïti serait engagé dans un processus de restauration institutionnelle. Elle évoque « les efforts déployés » pour rétablir l’autorité de l’État, renforcer la sécurité publique et préparer le retour à l’ordre démocratique et constitutionnel.

Le problème, c’est qu’au même moment, à plusieurs milliers de kilomètres de Rabat, des familles haïtiennes fuient encore les gangs armés dans des quartiers abandonnés par l’État.

Un pays qui s’effondre pendant que Raina Forbin parle de “restauration de l’Etat”

Quelques jours plus tôt, les Nations unies annonçaient près de 390 morts dans les affrontements armés à Cité Soleil et à Croix-des-Bouquets. Plus de 10 000 personnes déplacées. Des écoles fermées. Des bâtiments incendiés. Des centres de santé paralysés.

Mais à Rabat, rien de cette réalité ne semble véritablement apparaître dans le discours officiel. Au contraire. Devant les partenaires étrangers, la ministre continue de défendre l’idée d’un État en reconstruction, d’une transition en marche et d’un pouvoir engagé dans le rétablissement de l’ordre.

Cette fracture entre le récit diplomatique et la réalité du terrain devient de plus en plus visible. Car dans les faits, l’État haïtien continue de perdre du territoire. Des zones entières échappent au contrôle des autorités. La libre circulation demeure impossible dans plusieurs régions. Les enlèvements, les attaques armées et les déplacements forcés continuent de rythmer le quotidien d’une partie de la population.

Alors lorsque Raina Forbin parle de « restauration de l’autorité de l’État », beaucoup y voient surtout un discours destiné aux chancelleries étrangères plutôt qu’une description honnête de la situation nationale.

Une diplomatie du déni

Ce qui frappe dans cette intervention, ce n’est pas seulement le décalage avec la réalité. C’est aussi l’absence totale d’autocritique. Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Fils-Aimé, les promesses de stabilisation se sont multipliées. Mais les résultats, eux, restent invisibles pour une grande partie de la population.

Les élections ont été reportées. L’insécurité s’aggrave. Les institutions continuent de se fragiliser. Même certains acteurs politiques ayant soutenu la transition dénoncent désormais son échec. Pourtant, à Rabat, la ministre continue de parler comme si le processus avançait normalement.

Cette stratégie de communication internationale semble poursuivre un objectif précis : préserver la légitimité extérieure du pouvoir malgré l’effondrement intérieur.

Le retour du réflexe international

Mais le cœur du discours de Raina Forbin se situe ailleurs : dans son nouvel appel à une mobilisation étrangère renforcée autour de la Force de répression des gangs (FRG).

La ministre insiste sur la nécessité d’un soutien international « plus fort, plus rapide et plus soutenu ».

Autrement dit : encore davantage d’intervention étrangère. Depuis plusieurs années, cette logique est devenue le principal réflexe des autorités haïtiennes face à la crise sécuritaire. Chaque aggravation de la situation conduit à un nouvel appel à l’aide internationale.

Mais cette stratégie soulève une question de fond : combien d’interventions étrangères faudra-t-il encore avant de reconnaître l’échec de cette approche ?

Car les précédentes missions internationales ont laissé derrière elles un lourd héritage : dépendance institutionnelle ; affaiblissement des capacités nationales ; violations ; et incapacité durable à reconstruire un appareil sécuritaire autonome.

Aujourd’hui encore, malgré les annonces autour de la FRG, les gangs continuent d’étendre leur influence et l’État reste incapable d’assurer la sécurité minimale de la population.

Une Haïti diplomatique qui ne ressemble plus à l’Haïti réelle

À Rabat, devant les diplomates, Raina Forbin a présenté l’image d’un gouvernement engagé, responsable et mobilisé. Mais cette Haïti diplomatique contraste violemment avec celle que vivent les citoyens : une population enfermée par la peur ; des familles déplacées ; des services publics en ruine ; des territoires abandonnés ; et une transition politique qui semble chaque jour davantage s’enliser.

Derrière les formules officielles et les appels à la coopération internationale, une réalité demeure : le pouvoir continue de promettre un retour à l’ordre pendant que le pays s’enfonce dans le chaos.

Marie Décius
Marie Décius
Marie Décius est journaliste indépendante basée à Port‑au‑Prince. Elle couvre principalement l’éducation, les droits sociaux et les enjeux politiques en Haïti, avec un regard engagé et proche du terrain.

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