Une lettre ouverte publiée ce mercredi 18 mars 2026 par l’ancienne ministre à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes, Marjory Michel, met en cause le militant des droits humains Pierre Espérance, figure influente de la société civile haïtienne et directeur du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH). Dans ce texte au ton direct, l’ex-responsable gouvernementale accuse le militant d’avoir contribué à orchestrer, depuis plusieurs années, une campagne de discrédit à son encontre.
La lettre, rendue publique ce mercredi, constitue une charge inhabituelle contre l’un des acteurs les plus visibles du secteur des droits humains en Haïti.
Des pratiques en contradiction avec la défense des droits humains
Dès l’ouverture de sa lettre, Majory Michel affirme avoir choisi de s’exprimer publiquement afin de dénoncer ce qu’elle décrit comme une contradiction entre le rôle public de Pierre Espérance et certaines pratiques qu’elle lui attribue.
J’ai choisi de vous adresser cette lettre publiquement afin de dénoncer des pratiques qui, à mes yeux, sont en totale contradiction avec l’image et le rôle que vous incarnez au sein de la société
Majory Michel
L’ancienne ministre estime que la défense des droits humains ne peut coexister avec des actions visant à discréditer des individus. « Défendre les droits humains et nuire aux individus sont deux démarches fondamentalement incompatibles », poursuit-elle dans son texte.
Un conflit qui remonterait à 2021
Selon Majory Michel, l’origine de ce différend remonte au 2 août 2021. Elle affirme qu’à la suite d’un désaccord avec Pierre Espérance, leurs relations se seraient brutalement dégradées. Elle rapporte notamment des propos qu’elle affirme avoir entendus ce jour-là :
Sèl sa m konnen, mwen konn batay e m ap fè nou pa janm anyen ankò nan peyi a.
Marjory Michel
Dans sa lettre, l’ancienne ministre considère ces mots comme l’expression d’une volonté de représailles qui se serait ensuite matérialisée dans l’espace médiatique.
Au cœur des accusations figure également une émission politique en ligne intitulée « Se Sa Nou Vle », animée par Rudy Thomas Sanon. Selon Majory Michel, cette plateforme aurait servi de relais pour mener des attaques répétées contre elle.
« Depuis lors, une campagne médiatique a été orchestrée contre moi », écrit-elle, affirmant que certaines émissions et réseaux sociaux auraient été utilisés pour diffuser des propos diffamatoires. Elle évoque également l’existence de « structures satellites » qui, selon elle, serviraient à discréditer les personnes critiques à l’égard de Pierre Espérance.
La question des attaques contre les femmes
Dans son texte, Majory Michel élargit son propos en dénonçant des attaques qu’elle juge sexistes sur certaines plateformes numériques haïtiennes.
« Je ne suis pas la seule femme à être victime de ces pratiques sexistes sur cette plateforme »
Marjory Michel
Affirme-t-elle, citant notamment des journalistes, des responsables politiques et d’autres personnalités publiques qui auraient également été ciblées. Selon elle, ces pratiques participeraient à banaliser les violences verbales et les campagnes de dénigrement contre les femmes engagées dans la vie publique.
Dire non ne devrait jamais être un motif de persécution
Malgré ces accusations, l’ancienne ministre conclut sa lettre par une affirmation de sa détermination à défendre son intégrité et sa liberté d’expression.
Dire NON ne devrait jamais être un motif de persécution
Marjory Michel
Elle ajoute :
Marjory Michel
Je tiens à réaffirmer publiquement mon droit fondamental à la liberté de pensée, à la dignité et au respect
Silence pour l’instant
Au moment de la publication de cette lettre ouverte, Pierre Espérance n’a pas réagi publiquement aux accusations formulées par l’ancienne ministre.
Dans un contexte politique et médiatique déjà tendu en Haïti, cette prise de parole relance le débat sur les rapports de force entre acteurs de la société civile, médias numériques et responsables politiques, ainsi que sur les limites entre critique publique et campagnes de dénigrement.

