À l’approche d’éventuelles échéances électorales en Haïti, la question de l’inclusion des personnes en situation de handicap refait surface dans le débat public. Le 4 mars 2026, l’Association des Sourds de Leveque Haïti (ASLH) a organisé une conférence de presse pour rappeler une revendication centrale : si des élections doivent être organisées dans le pays, elles doivent l’être dans des conditions permettant à tous les citoyens de voter, y compris les personnes handicapées.
Pour l’organisation, la tenue d’élections constitue une étape nécessaire pour sortir de la crise institutionnelle actuelle. « Les élections sont nécessaires pour Haïti afin de rétablir la légitimité des dirigeants », ont affirmé les responsables de l’association lors de leur prise de parole.
Une interpellation directe de l’État haïtien
Mais au-delà de l’appel à organiser des élections, l’ASLH insiste sur la responsabilité des autorités. L’association rappelle que l’État haïtien a ratifié la Convention relative aux droits des personnes handicapées, un traité international qui impose des obligations claires en matière de participation politique.
Lors de la conférence de presse, Jean Caleb Baptiste, responsable des relations politiques de l’ASLH, a souligné que l’article 29 de cette convention oblige les États à garantir l’accès des personnes handicapées à la vie politique et aux processus électoraux. Il a déclaré :
« L’État haïtien doit créer les conditions permettant aux personnes en situation de handicap de voter comme tout le monde ».
Un processus électoral à rendre accessible
Pour l’association, l’accessibilité doit être pensée à toutes les étapes du processus électoral, et pas seulement le jour du vote. Avant les élections, l’ASLH demande que les informations diffusées à la télévision concernant le scrutin soient accompagnées d’interprétation en langue des signes, afin que les personnes sourdes puissent suivre les débats politiques et comprendre les messages liés à la campagne.
L’organisation estime également que les supports électoraux doivent être adaptés. Elle plaide notamment pour que les bulletins de vote soient accessibles, notamment pour les personnes ayant des déficiences visuelles.
Adapter les bureaux de vote
Le jour du scrutin, plusieurs aménagements sont jugés indispensables par l’association. Parmi les mesures demandées figurent : la présence d’interprètes en langue des signes dans les bureaux de vote ; des bureaux de vote accessibles aux fauteuils roulants ; des portes suffisamment larges pour permettre le passage ; l’installation de rampes d’accès ; des urnes placées à une hauteur adaptée pour permettre aux personnes handicapées de voter de manière autonome.
L’ASLH insiste également sur la nécessité de former les membres des bureaux de vote, afin qu’ils puissent accueillir correctement les électeurs en situation de handicap.
La question du transport
L’association souligne également un obstacle souvent ignoré : l’accès au transport. Pour de nombreuses personnes handicapées, se rendre dans un bureau de vote reste un défi logistique majeur. Elle demande donc que des solutions de transport soient mises en place afin de garantir que ces citoyens puissent se déplacer le jour du scrutin.
Un enjeu démocratique
Pour l’ASLH, ces revendications ne concernent pas seulement une catégorie de la population, mais l’ensemble du processus démocratique haïtien. Dans un contexte marqué par une crise institutionnelle profonde et une attente croissante autour de la tenue d’élections, l’association rappelle qu’une démocratie ne peut être pleinement légitime si une partie des citoyens est exclue de la participation électorale. « Les personnes en situation de handicap sont des citoyens comme les autres », ont rappelé les responsables de l’organisation.
À leurs yeux, garantir leur participation au vote ne relève pas d’un simple geste symbolique, mais d’une obligation démocratique et juridique que l’État haïtien doit désormais respecter.

