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Port-au-Prince, 24 février 2026 — Le ton monte dans le secteur éducatif. L’Association Nationale des Normaliens Indépendants d’Haïti (ANNIH) ne se contente plus de dénoncer la Note interne N° N-1-588 du 16 février 2026 du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP). Elle appelle désormais ouvertement à la révocation du ministre Antoine Augustin, qu’elle accuse d’incompétence administrative et de violation des principes fondamentaux du droit public.
Dans sa prise de position, l’ANNIH rejette catégoriquement la décision du MENFP de dénoncer le protocole d’accord signé avec l’École Normale Supérieure (ENS) et de suspendre les mécanismes d’intégration des diplômé·e·s. L’organisation estime que cette mesure, prise par simple note interne, est juridiquement infondée et réglementairement fragile.
Une contestation fondée sur la hiérarchie des normes
L’ANNIH rappelle qu’une note interne constitue un acte de gestion administrative interne, dépourvu de portée réglementaire et de force juridique abrogative. Selon l’association, un tel acte ne peut ni abroger, ni suspendre, ni déclarer caduc un dispositif institutionnel structurant inscrit dans un cadre réglementaire supérieur.
Elle souligne que l’analyse de la décision doit se faire à la lumière de l’Arrêté du 17 septembre portant réforme du fonctionnement des établissements scolaires de la République, modifiant celui du 1er septembre 2014. Cet arrêté consacre notamment la modernisation du système éducatif, la planification rationnelle des ressources humaines et le renforcement qualitatif du personnel enseignant.
Pour l’ANNIH, suspendre le mécanisme d’intégration des diplômé·e·s issu·e·s d’une institution nationale de formation pédagogique comme l’ENS reviendrait à s’éloigner de l’esprit même de la réforme éducative, qui vise la valorisation des compétences, la professionnalisation du corps enseignant et la consolidation durable du système éducatif national.
Une mise en garde contre l’insécurité juridique
L’association estime également qu’une démarche unilatérale prise par simple note interne, sans base légale explicite ni acte réglementaire formel, révèle une fragilité normative et peut s’apparenter à un excès de pouvoir administratif.
Elle affirme en outre que cette situation porte atteinte au principe de sécurité juridique en créant une incertitude préjudiciable aux diplômé·e·s concerné·e·s, ainsi qu’à l’organisation globale du système éducatif.
Une demande claire : le départ du ministre
Face à ce qu’elle qualifie d’erreur grave de gouvernance et d’incompétence normative manifeste, l’ANNIH franchit un cap politique. Elle appelle explicitement les autorités compétentes à révoquer le ministre Antoine Augustin, estimant qu’il n’a pas démontré la rigueur juridique, la maîtrise administrative ni la vision stratégique nécessaires pour diriger le MENFP.
Pour l’organisation, le maintien du ministre en fonction risquerait d’aggraver la crise de confiance déjà existante dans le secteur éducatif. Elle soutient qu’un ministère aussi stratégique ne peut être dirigé par un responsable qui, selon elle, est incompétent et fragilise les bases réglementaires du système scolaire par des décisions contestables et infondées.
Un débat qui dépasse la simple note administrative
Cette demande de révocation marque une escalade dans le conflit institutionnel autour de la réforme éducative. Elle met en lumière les tensions entre acteurs du système éducatif et autorités ministérielles, dans un contexte national déjà marqué par l’instabilité institutionnelle.
En attendant une réaction officielle du ministre Antoine Augustin, la polémique prend une dimension politique claire. Au-delà de la validité d’une note interne, c’est désormais la compétence même du leadership au sommet du MENFP qui est publiquement mise en cause.

