
Dans un contexte de fracture institutionnelle prolongée et de lassitude sociale palpable, le mouvement Lajenès Kisa w Vle (LKV) a publié une note de presse, en ce début de semaine, qui a sonné à la fois comme un avertissement, une prise de distance politique et un appel à la refondation. Lajenès Kisa w Vle (LKV), dans cette note publiée ce lundi, accueille la nomination du nouveau gouvernement avec prudence, tout en refusant d’endosser le cadre consensuel proposé par les autres forces politiques.
Une transition “qui doit être la dernière”
LKV prend acte de la formation du gouvernement, mais inscrit immédiatement l’enjeu dans une temporalité longue ; celle des transitions haïtiennes devenues un régime en soi.
Le mouvement salue les nouveaux ministres, tout en soulignant la gravité du moment :
« La mission qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas une mission ordinaire », écrit l’organisation. Elle engage, selon elle :
« la possibilité même de refermer une page de transitions répétées qui ont épuisé notre peuple et délité nos institutions. »
LKV affirme son refus d’une transition “de plus”, estimant qu’elle « doit être la dernière. Non par résignation, mais par volonté de rupture et de renaissance. » Le mouvement place donc la barre haut : retour à la légitimité démocratique, reconstruction de l’autorité de l’État, transparence, et responsabilité politique sont présentés comme des conditions indispensables.
Un refus net de signer le Pacte national
Au cœur du texte, un point de rupture : LKV oppose un non catégorique au “Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections” auquel il était invité à adhérer. La raison : un désaccord fondamental sur la méthode et les garanties. Argue l’organisation :
« Le texte tel qu’il a été présenté ne correspond ni à notre vision ni à l’esprit du document de proposition que nous avions soumis ».
LKV rappelle avoir proposé une architecture de transition plus rigoureuse : un calendrier strict et public ; des objectifs mesurables ; la réduction du gouvernement à douze ministères ; la création d’un Pôle de Sécurité nationale ; un mécanisme inédit de reddition de comptes à chaque étape du processus. Le mouvement déplore que « nous n’avons pas été entendus », dénonçant une approche qui reproduit selon lui les mêmes zones d’ombre politiques que celles qui ont miné les transitions précédentes.
Une confiance conditionnelle et un rappel à l’ordre démocratique
Si LKV salue les responsables du nouveau gouvernement et leur “courage”, il refuse toute adhésion aveugle.
« Le Premier ministre et son gouvernement ne bénéficient pas d’une confiance blanche : leur légitimité se mesure à leurs actions, non aux discours. »
Ce rappel, lapidaire, installe un rapport de force clair : le mouvement ne compte ni se ranger derrière les partis, ni se laisser coopter par un dispositif institutionnel auquel il ne croit qu’à moitié.
« Il y a un monde entre les calculs égoïstes de certains leaders politiques et le mouvement moral. Et ce mouvement, c’est celui que nous visons. »
Dans un pays à bout de souffle, un appel adressé à la jeunesse
LKV insiste : l’heure n’est plus aux arrangements politiques, mais à la reconstruction civique. Le mouvement affirme que le cycle actuel de violences, d’effondrement institutionnel et d’impasse politique impose une mutation profonde dans la manière de penser l’État. « Nous voulons des preuves. Nous voulons des décisions. Nous voulons des résultats. » Cette triple exigence résume l’esprit de la note : sans renverser le gouvernement, LKV le place sous surveillance. La conclusion s’adresse directement à la jeunesse haïtienne, décrite comme la force vive capable d’arracher le pays au chaos :
« Pour cette génération qui refuse que tout se perde, nous nous engageons à demeurer vigilants, lucides et intransigeants, du côté de la reconstruction nationale. »

