LA HAVANE / PORT‑AU‑PRINCE — À l’entrée de la Clínica Central Cira García, Jocelyn Justin tente de sourire, mais ses mots trahissent la lourdeur de sa réalité. Le journaliste haïtien, grièvement blessé par balle lors de l’attaque du 24 décembre 2024 à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, vit aujourd’hui à l’étranger, dépendant de petits soutiens pour se loger, s’alimenter et continuer ses soins.
Avec promesses politiques de prise en charge complète, son transfert à Cuba en 2025 avait été accueilli comme une lueur d’espoir. Mais aujourd’hui, son combat personnel est aussi le miroir d’un système national de santé au bord de l’abîme, et d’un ministère incapable de concrétiser les solutions promises.
Des engagements politiques, des résultats invisibles
Quand Jocelyn a été évacué vers Cuba, le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) avait affirmé que sa prise en charge serait durable. Seule une aide ponctuelle de 4 600 $ a finalement été débloquée tardivement pour financer son opération. Depuis, aucune structure de suivi, aucun fonds permanent, aucune prise en charge claire n’a été assuré par l’État haïtien, dénonce le journaliste.
Depuis 2025, le MSPP est dirigé par Sinal Bertrand, qui a multiplié les déclarations sur la nécessité de bâtir un système résilient. Mais sur le terrain, la situation ne cesse de se dégrader. Selon des données récentes, seuls 13 % des 254 établissements de santé haïtiens disposant de lits sont pleinement opérationnels, et à Port‑au‑Prince ce taux tombe à 5 %. Les hôpitaux qui restent actifs souffrent de pénuries aiguës de médicaments, d’oxygène, de sang ou d’autres fournitures essentielles. Dans ce contexte, les rares hôpitaux encore ouverts sont débordés, manquent d’équipements et de médicaments, et peinent à assurer des soins de base.
Un personnel soignant en fuite ou sans salaire
Le capital humain du secteur de la santé est également en crise. Une étude antérieure avait montré que près de 27 % des personnels médicaux avaient quitté leur poste ou le pays en raison de l’insécurité et des conditions de travail impossibles.
En réponse, le MSPP a lancé des campagnes de recrutement en 2025, annonçant l’embauche de plus de 1 000 professionnels de santé, dont 430 infirmiers et 300 médecins, pour renforcer les zones sous‑servies. Mais ces annonces n’ont pas encore permis de combler les lacunes, alors que de nombreux travailleurs en poste depuis des années n’ont toujours pas reçu de salaire régulier, certains attendent leur premier paiement depuis plusieurs années.
Dans plusieurs hôpitaux publics, des infirmières confient qu’elles travaillent depuis cinq à huit ans sans percevoir un salaire, ce qui met en lumière l’écart entre les annonces officielles et la réalité des conditions de travail. Face à ses multiples problématiques, aucune mesure n’a été mise en œuvre par le ministre Sinal Bertrand.
Conclusion
Alors que Jocelyn Justin continue de lutter pour sa survie à La Havane, son cas symbolise l’échec du système de santé haïtien. Plus d’un an après sa blessure, il reste sans soutien durable, dépendant d’aides ponctuelles, malgré les promesses répétées du Ministère de la Santé publique et de la Population.
Entre 60 % et 80 % des hôpitaux de Port‑au‑Prince hors service, des déplacés privés de soins essentiels et un personnel soignant sous‑payé et en fuite, le contraste entre discours et réalité est frappant. Les annonces de recrutement et de réformes restent largement théoriques : infrastructures délabrées, équipements défectueux et accès aux soins très limité.
Sous la direction de Sinal Bertrand, le MSPP apparaît incapable de traduire ses promesses en actions concrètes. L’abandon de Justin illustre un échec institutionnel profond : un ministère, et un ministre qui ne protègent pas ses citoyens, ne soutiennent pas ses professionnels et laissent chaque jour des vies en danger.

