À Port-au-Prince, l’ouverture des Assises Nationales de la Refondation du Système Éducatif Haïtien, le 21 janvier 2026, a été présentée par les autorités comme un moment clé de réflexion collective sur l’avenir de l’école haïtienne. Placées sous le thème de « l’éducation transformatrice », ces Assises réunissent responsables institutionnels, partenaires techniques, acteurs éducatifs et représentants de la société civile.
Mais pour le Réseau des éducateurs pour la défense et la refondation du système éducatif haïtien (REDRESEH), cette initiative s’inscrit avant tout dans une continuité problématique. L’organisation estime qu’il s’agit « d’une assise de plus, marquée par une inflation de discours et une absence persistante d’actions structurelles ». Selon elle, « les mêmes forums se succèdent depuis des années, sans que la réalité de l’école haïtienne ne change fondamentalement ».
Le REDRESEH rappelle que les difficultés aujourd’hui mises en avant lors des Assises sont « largement connues et abondamment documentées ». L’échec scolaire massif, la faiblesse de la gouvernance éducative, la précarité des conditions de travail des enseignants, l’insuffisance de la formation initiale et continue, la dégradation des infrastructures scolaires et le sous-financement chronique du secteur éducatif sont, selon le réseau, « des réalités dénoncées depuis des décennies sans réponse politique à la hauteur ».
L’organisation syndicale souligne également que « de nombreuses propositions concrètes ont déjà été formulées par les syndicats, les experts et les organisations éducatives, y compris par le REDRESEH ». Ces propositions auraient été soumises aux ministres successifs, ainsi qu’à l’actuel ministre de l’Éducation nationale, le professeur Augustin ANTOINE. « La majorité de ces recommandations sont restées sans suites effectives ou sans mise en œuvre systématique », déplore le réseau.
Selon le REDRESEH, le risque est grand de voir ces Assises reproduire « le cycle bien connu du diagnostic sans lendemain ». L’organisation met en garde contre « un processus qui se limite à la production de rapports et de recommandations, sans mécanismes contraignants de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation ». Dans ces conditions, affirme-t-elle, « ces rencontres se transforment en exercices de communication politique, sans impact réel sur les salles de classe, les enseignants et les élèves ».
Le réseau exprime par ailleurs de « sérieuses préoccupations » quant aux motivations réelles de cette initiative. Il estime que ces Assises peuvent être perçues comme « une stratégie de mobilisation de financements au profit de projets sans retombées concrètes », dans un contexte où « le ministère semble privilégier la multiplication des événements et des rapports plutôt que l’application des réformes structurelles urgentes et déjà documentées ».
Au cœur des critiques du REDRESEH figure la place accordée aux enseignants. « Bien que régulièrement cités comme acteurs clés du système éducatif, les enseignants demeurent largement exclus des décisions stratégiques effectives », souligne l’organisation. Elle rappelle qu’« aucune refondation sérieuse du système éducatif haïtien ne peut se faire sans une politique salariale décente, une formation continue institutionnalisée, une sécurité sociale fonctionnelle et une véritable revalorisation du statut social de l’enseignant ».
Le REDRESEH appelle ainsi à un changement de cap clair. Il estime que les Assises nationales ne doivent pas déboucher sur « un énième document stratégique », mais sur « un plan d’actions contraignant, assorti d’un calendrier précis, d’un budget garanti, d’indicateurs de performance et d’un mécanisme de reddition de comptes associant les syndicats et la société civile ».
Pour le réseau, « la refondation du système éducatif haïtien n’est pas une question de conférences, mais de volonté politique, de courage institutionnel et de justice sociale ». À défaut d’un engagement ferme et mesurable de l’État, le REDRESEH prévient que ces Assises risquent de « rejoindre la longue liste des initiatives restées sans impact réel sur le terrain ». Dans ce cas, conclut-il, elles resteront « une assise de plus ».