Pétion-Ville, le 17 février 2026 — Une nouvelle commission municipale a été investie à la tête de Pétion-Ville. La cérémonie s’est tenue au Parquet de Port-au-Prince, à Delmas 75, en présence des autorités concernées. À sa tête, Kesner Normil en tant que président, accompagné d’Amazan Staco et de Marie Geralda Nelson, cette dernière ayant été célébrée ensuite comme mairesse adjointe lors d’une réception à la mairie.
Sur le papier, le renouvellement des équipes dirigeantes municipales peut apparaître comme une opportunité d’impulser du changement. Dans les faits, sans projet structurant centré sur les besoins populaires, il s’agit souvent d’un simple remaniement de chaises sur un navire qui prend l’eau.
Une commune aux réalités contrastées
Pétion-Ville est souvent dépeinte comme une ville dynamique, élégante et prospère, avec ses restaurants, hôtels et institutions privées. Pourtant, elle fait face à des défis structurels profonds qui transcendent le simple changement de figures politiques. La population y est estimée à près de 377 000 habitants selon les derniers recensements disponibles, une densité qui s’est considérablement accrue au fil des décennies.
L’urbanisation rapide, fruit d’un exode rural massif vers les zones métropolitaines comme celle de Port-au-Prince, a généré une pression sociale considérable. De nombreuses familles pauvres migrent vers Pétion-Ville à la recherche de travail ou d’une vie meilleure, mais se retrouvent souvent reléguées dans des zones précaires en marge de la ville.
La ville est également devenue un refuge pour des dizaines de milliers de déplacés internes, fuyant l’insécurité et la violence des gangs dans d’autres communes proches. Ce phénomène, loin de symboliser une attractivité positive, souligne une incapacité systémique à offrir à ces populations un habitat décent, des services publics ou des opportunités économiques stabilisantes.

Dégradation du cadre de vie et urgence sociale
Au quotidien, Pétion-Ville subit l’impact du manque de services municipaux efficaces. Des enquêtes de terrain et des reportages citoyens montrent des amas d’ordures dans les rues, un réseau d’assainissement inexistant ou défaillant, ainsi que des problèmes d’insalubrité qui menacent la santé publique.
Alors que près de 30 % de la population haïtienne vit sous le seuil de pauvreté le plus extrême, et que les taux d’insécurité alimentaire continuent d’augmenter, ces réalités locales sont le signe d’un échec plus large de l’action publique.
Au sein de Pétion-Ville même, cette pauvreté se joue en contraste saisissant : tandis que certains quartiers bénéficient encore de commerces florissants et de villas cossues, d’autres zones périphériques s’apparentent à des bidonvilles informels où la majorité n’a pas accès à l’eau potable, à l’électricité ou à des services de base. Les dynamiques d’exclusion sociale ne sont pas seulement visibles, elles sont structurelles.
Un changement de visage ne suffit pas
Nommer une nouvelle mairesse adjointe et installer une commission municipale est une étape formelle dans le cycle politique local. Mais si cette nouvelle équipe ne se dote pas d’un projet social concret, transparent et partagé avec les habitantes et habitants, elle risque de perpétuer les logiques d’inaction qui ont marqué les mandats précédents.
Des initiatives populaires existent : associations de quartiers, coopératives d’habitants, collectifs autogérés s’efforcent de compenser les lacunes structurelles, mais sans appui institutionnel fort ni vision de développement, ces efforts restent isolés. L’expérience montre que sans une stratégie publique de logement décent, de services municipaux fonctionnels, de soutien économique aux populations précaires et d’infrastructures durables, la gouvernance municipale reste un simple label sans impact réel sur la vie des citoyens.
Changer de tête à la mairie ne fait pas disparaître les montagnes de déchets, l’insécurité alimentaire, le manque d’accès à l’eau ou aux soins, ni les bidonvilles qui se développent à la périphérie de la ville. Ce qu’il faut, ce sont des politiques publiques résolues, financées, participatives et audacieuses — pas seulement les mêmes jeux de pouvoir avec un nouveau casting.