Un média indépendant et engagé
Un média indépendant et engagé
AccueilSociétéLe RNDDH dénonce la détention de mineurs dans des conditions « cruelles...

Le RNDDH dénonce la détention de mineurs dans des conditions « cruelles et dégradantes »au CERMICOL

Publié le

spot_img
Un atelier des mineurs au CERMICOL. Crédit photos : https://www.haitiawake.org/cermicol

Le Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL), situé à Port-au-Prince, est aujourd’hui au cœur d’une nouvelle alerte lancée par le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Dans un rapport rendu public le 9 mars 2026, l’organisation décrit un établissement surpeuplé, insalubre et marqué par de graves dysfonctionnements judiciaires.

À l’origine conçu pour accueillir une centaine de mineurs en conflit avec la loi, le centre a progressivement changé de vocation. Depuis 2023, dans un contexte de crise sécuritaire et après plusieurs attaques et évasions dans différentes prisons du pays, les autorités ont transformé le CERMICOL en un espace carcéral accueillant diverses catégories de détenus.

Selon les chiffres recueillis par le RNDDH, 719 personnes y sont aujourd’hui incarcérées, soit plus de sept fois la capacité initialement prévue. Parmi elles figurent 475 hommes, 142 femmes, 87 garçons mineurs et 15 filles mineures.

Mais l’organisation souligne surtout l’ampleur de la détention préventive. Seules 23 personnes ont été condamnées par la justice. « Cela signifie que près de 97 % des détenus sont maintenus derrière les barreaux sans jugement définitif », relève le RNDDH, qui parle d’un « symptôme criant de la paralysie du système judiciaire haïtien ».

Une promiscuité jugée dangereuse

L’un des points les plus préoccupants concerne la cohabitation entre mineurs et adultes. Dans un espace qui n’a jamais été conçu pour accueillir une telle population, les catégories de détenus se côtoient quotidiennement. Le RNDDH souligne dans son rapport :

« Les garçons mineurs vivent dans une proximité constante avec des détenus adultes, ce qui les expose à des influences néfastes et compromet leur processus de réhabilitation ».

La situation des femmes et des filles n’est guère plus rassurante. Leur espace de détention est décrit comme étroit et précaire, séparé du reste de l’enceinte par une simple barrière. « Les conditions de confinement des femmes et des filles témoignent d’un manque évident de structures adaptées », observe le RNDDH.

Des conditions sanitaires alarmantes

Au-delà de la surpopulation, le rapport décrit un établissement confronté à une grave dégradation de ses infrastructures.

Les toilettes ne fonctionnent plus. Les détenus doivent utiliser des sachets ou des seaux pour satisfaire leurs besoins, qui sont ensuite évacués par d’autres prisonniers. « Cette situation constitue un risque sanitaire majeur et porte atteinte à la dignité humaine », dénonce l’organisation.

Les installations pour l’hygiène personnelle sont tout aussi limitées. Le centre ne dispose que de trois douches pour les hommes et les garçons, tandis que les femmes doivent se laver dans un espace exigu, sans portes ni toiture adéquate.

Certaines cellules ont également été aménagées dans d’anciennes salles de classe. Quant au dispensaire du centre, il ne remplit plus sa fonction initiale. « Le local destiné aux soins médicaux a été transformé en cellule où plus de trente femmes sont entassées, dont un nourrisson âgé de moins de trois mois », indique le rapport.

Dans ces conditions, ajoute le RNDDH, « les consultations médicales ne peuvent plus se dérouler dans le respect de la confidentialité ni dans des conditions sanitaires acceptables ».

Malnutrition, tuberculose et maladies de peau

La situation sanitaire des détenus inquiète également l’organisation. Plusieurs prisonniers souffrent de malnutrition, tandis que des cas de tuberculose et d’affections cutanées contagieuses, notamment la gale et la gratelle, ont été recensés.

Le RNDDH souligne par ailleurs la présence de cinq femmes présentant des troubles mentaux sans prise en charge médicale appropriée. « Ces détenues nécessitent un suivi spécialisé qui fait aujourd’hui totalement défaut », insiste l’organisation.

Une justice à l’arrêt

Au-delà des conditions de détention, le rapport met en lumière l’extrême lenteur de la justice haïtienne. Certains détenus attendent leur procès depuis sept à seize ans, selon les informations recueillies par le RNDDH. Dans certains cas, des personnes arrêtées alors qu’elles étaient mineures ont atteint l’âge adulte derrière les barreaux sans avoir été jugées.

« Le maintien de ces individus en détention pendant de si longues périodes constitue une violation manifeste du droit à être jugé dans un délai raisonnable », souligne l’organisation, rappelant les engagements internationaux d’Haïti en matière de droits humains.

Des autorités appelées à agir

Face à ce constat, le RNDDH appelle l’État haïtien à prendre des mesures urgentes pour désengorger l’établissement et améliorer les conditions de détention.

L’organisation recommande notamment d’examiner rapidement la situation des détenus en attente de jugement depuis plusieurs années et d’organiser des audiences judiciaires de manière continue. Le RNDDH affirme.

« Les autorités doivent passer des instructions claires aux instances judiciaires afin que les audiences correctionnelles et criminelles se tiennent sans interruption, dans le but de réduire la surpopulation carcérale ».

Elle appelle également à une prise en charge médicale spécifique pour les détenus malnutris, les personnes atteintes de tuberculose ou d’infections cutanées, ainsi qu’un suivi particulier pour les détenues souffrant de troubles mentaux.

Enfin, l’organisation estime qu’il est urgent d’encadrer la détention préventive. « Un délai maximal doit être fixé pour la détention préventive et des procédures rapides doivent permettre la libération des personnes lorsque les instructions judiciaires n’aboutissent pas », conclut le rapport.

Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin
Jean-Robert Augustin est un journaliste engagé et rigoureux, spécialisé dans le traitement de l’actualité nationale et des enjeux sociaux. Passionné par l’information, il s’attache à produire des analyses claires, accessibles et pertinentes pour éclairer le public.

DERNIERS ARTICLES

Frappe d’envergure : Iran détruit deux avions de guerre électronique américains en Arabie Saoudite

Une attaque spectaculaire a frappé la base aérienne du Prince Sultan en Arabie saoudite...

CADDHO : Maitre Arnel Remy condamne les attaques du 29 mars dans l’Artibonite et appelle à une action urgente de l’État

Le Collectif des Avocats pour la Défense des Droits de l’Homme (CADDHO) a vivement...

Corruption : où est passé Bocchit Edmond, l’ex-ambassadeur visé par un rapport explosif du ministère des Affaires étrangères ?

Licencié de son poste d’ambassadeur d’Haïti à Washington en mai 2023, Bocchit Edmond reste...

André Michel met en doute la volonté de Alix Didier Fils-Aimé d’organiser des élections

Le 31 mars dernier, l’avocat et opposant politique André Michel a exprimé publiquement ses...

À lire aussi

Tambours de carnaval, silence de la faim

PORT-AU-PRINCE — Pendant que l’État décrète trois jours de chômage officiel pour célébrer le...

UNESCO en Haïti : des kits de sciences pour masquer l’absence de véritables laboratoire

Cap-Haïtien, 19 février 2026 - Une vingtaine d’enseignants haïtiens participeront, du 16 au 20...

Sécurité : après la réunion d’urgence du 8 février de Alix Didier Fils-Aimé, l’État toujours absent face aux gangs

Port-au-Prince. — Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le 08 février 2026, en sa...