Le ministre du Tourisme, John Herrick Dessources, a dévoilé récemment une série de grandes orientations censées faire du tourisme un levier de la relance économique haïtienne. Dans le cadre des Mardis de la Nation, il a présenté vingt « chantiers » — entre rénovation d’infrastructures, modernisation administrative et renforcement de la police touristique — avec pour objectif affiché d’attirer les investissements étrangers, de créer des emplois et de « renforcer la compétitivité nationale ».
Mais dans la réalité brutale d’un pays en profonde crise, ces annonces sonnent plus comme des mirages que comme des réponses crédibles aux défis pressants que vivent quotidiennement les Haïtiennes et les Haïtiens.
Les chiffres publiés par les Nations unies dressent un tableau tragique : au cours de l’année 2025, près de 6 000 personnes ont été tuées et plus de 2 700 blessées du fait de l’insécurité et de la violence armée, avec des gangs qui continuent à étendre leur contrôle sur de vastes portions du territoire national, menaçant les droits humains fondamentaux et paralysant l’économie locale.
Cette situation n’est pas nouvelle. Les données de 2024 avaient déjà montré qu’au moins 5 600 personnes avaient perdu la vie à cause de la violence des gangs, un chiffre en nette augmentation par rapport à 2023, tandis que plus de 2 200 autres avaient été blessées et près de 1 500 enlevées. Au premier trimestre 2025 seulement, l’ONU a recensé plus de 1 600 personnes tuées, alors que l’autorité étatique demeure minée par l’absence de contrôle territorial et l’inefficacité des forces de sécurité.
Dans ce contexte, la mise en avant de projets touristiques apparaît déconnectée de la réalité du pays. La violence des gangs, l’insécurité généralisée et le vide politique représentent des obstacles autrement plus fondamentaux à tout développement économique durable. Penser attirer des visiteurs internationaux dans un pays où des routes nationales restent sous la menace de bandits, où des quartiers entiers de la capitale sont hors du contrôle de l’État, et où des citoyens vivent dans la peur permanente de violences meurtrières, relève de l’illusion, ou pire, du déni stratégique.
La pauvreté, quant à elle, est profonde et structurelle. Haïti reste l’un des pays les plus pauvres des Amériques, avec une grande partie de la population confrontée à l’insécurité alimentaire, au manque d’accès à des services de santé et d’éducation de qualité, et à des conditions de vie indignes. Dans ce contexte, la priorité ne peut pas être la rénovation d’infrastructures touristiques superficielles ou la création d’un « cadre légal attractif pour les investisseurs » : il s’agit d’abord de garantir la sécurité des populations, de protéger les droits humains, de réduire la pauvreté et de renforcer l’État de droit.
Parler de tourisme comme d’un levier économique sans aborder ces questions de fond revient à proposer des pansements sur des plaies ouvertes. C’est ignorer que tant que l’État ne sera pas en mesure de sécuriser le territoire, de répondre aux besoins fondamentaux de sa population et de recouvrer une légitimité politique réelle — dans un pays sans élections générales depuis une décennie et où la crise institutionnelle reste profonde —, toute initiative de développement restera stérile.
La relance économique ne se décrète pas dans des salles de conférence ni dans des présentations de projets. Elle se fonde sur la stabilité, la dignité et la dignité des citoyens. Sans cela, les promesses ministérielles continueront à sonner creux, au moment où Haïti traverse l’une des pires crises de son histoire récente.