Cap-Haïtien, 19 février 2026 – Une vingtaine d’enseignants haïtiens participeront, du 16 au 20 février, à un séminaire sur l’utilisation des kits de micro-sciences, organisé par l’UNESCO. L’initiative, censée renforcer l’enseignement expérimental dans les écoles du pays, se veut un pas vers l’amélioration des sciences en Haïti.
Une initiative louable mais limitée
Pendant cinq jours, les enseignants vont explorer les kits de micro-sciences, de petits dispositifs pédagogiques conçus pour permettre la réalisation d’expériences de biologie, chimie et physique dans des écoles dépourvues de laboratoires. Le programme met l’accent sur la sécurité des manipulations, la créativité pédagogique et l’implication des élèves, dans l’espoir de rendre les sciences plus accessibles et plus stimulantes.
Mais sur le terrain, au-delà des applaudissements et des manuels, une question se fait insistante : ces ateliers suffisent-ils à transformer l’enseignement scientifique en Haïti ? Depuis des décennies, les institutions internationales multiplient les projets éducatifs ponctuels, les kits, les séminaires et les formations pour enseignants, mais la situation reste pratiquement inchangée.
Des investissements ponctuels, pas de développement réel
Pour les enseignants, la frustration est palpable. Jean-Marc, professeur de physique au Cap-Haïtien, explique :
« On nous donne des outils pour faire des expériences, mais personne ne nous donne les moyens de construire une carrière en sciences, ni d’envoyer nos élèves dans des universités capables de former de vrais chercheurs. »
Marie-Claire, enseignante en chimie à Saint-Marc, renchérit :
« Ces kits sont utiles pour montrer aux élèves des expériences simples, mais je n’ai pas accès à un vrai laboratoire, ni aux réactifs nécessaires pour approfondir les notions de chimie. »
Lucien, professeur de biologie à Port-au-Prince, ajoute :
« Depuis 20 ans, on nous parle d’améliorer l’enseignement scientifique avec des formations ponctuelles. Mais quand on regarde les infrastructures, rien n’a changé. Nos élèves continuent de faire des sciences théoriques sans jamais expérimenter. »
Les kits de micro-sciences sont certes des instruments pédagogiques intéressants, mais ils ne remplacent pas des laboratoires équipés, des enseignants spécialisés et un système de soutien aux recherches locales. Les initiatives comme celle de Cap-Haïtien permettent aux institutions internationales de montrer un engagement concret, mais elles n’attaquent pas les causes structurelles de la faiblesse scientifique du pays. René, professeur de mathématiques aux Gonaïves, nous explique :
« Ces séminaires sont médiatisés, on fait des photos pour l’UNESCO, mais sur le terrain, nous continuons à manquer de tout : matériel, laboratoires, soutien pour la recherche. »
Le vrai défi
Pour que la science et la technique se développent réellement en Haïti, il faudra dépasser les ateliers ponctuels et investir dans les infrastructures et les parcours scientifiques. Les laboratoires doivent être équipés, les bourses pour les étudiants en sciences dures doivent exister, les enseignants spécialisés doivent être formés, et un soutien durable à la recherche locale est indispensable.
Sans ces mesures, les jeunes Haïtiens continueront à apprendre des notions théoriques sans pouvoir les expérimenter pleinement, et la recherche scientifique restera largement désertée. La formation de l’UNESCO au Cap-Haïtien illustre ce paradoxe : elle est à la fois une promesse et un symbole, mais la transformation réelle du système éducatif et scientifique national reste à construire.