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Diplomatie haïtienne : beaucoup de rencontres, peu de rupture

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Le mardi 10 février 2026, le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, a reçu le représentant de l’UNESCO en Haïti, Éric Voli Bi. Autour de la table, les thèmes étaient ambitieux : protection de la liberté de la presse, formation, micro-sciences, enjeux liés à l’eau, renforcement des compétences scientifiques des enseignants. Le ministre a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent et d’une coopération renforcée dans le respect des cadres institutionnels.

Sur le papier, l’agenda semble irréprochable. Pourtant, pour de nombreux observateurs critiques, ces rencontres répétées avec les institutions internationales ressemblent à un rituel diplomatique bien rodé, sans impact tangible sur la réalité quotidienne des Haïtiens.

Depuis des décennies, Haïti est l’un des pays les plus investis par les organisations multilatérales. Les missions se succèdent, les partenariats se multiplient, les communiqués se ressemblent. Chaque nouvelle coopération promet un tournant, une modernisation, un renforcement des capacités nationales. Mais sur le terrain, l’école publique demeure sous-financée, l’accès à l’eau potable reste profondément inégalitaire et les enseignants continuent de travailler dans des conditions précaires.

La question n’est pas tant celle de la pertinence des thématiques abordées que celle de leur portée réelle. Former en micro-sciences ou soutenir la liberté de la presse sont des objectifs louables. Mais peuvent-ils transformer un système fragilisé par des décennies d’instabilité politique, d’austérité budgétaire et de dépendance économique ? Pour beaucoup, ces initiatives apparaissent comme des interventions techniques isolées, incapables de s’attaquer aux racines structurelles de la crise.

Au-delà des programmes, c’est la nature même de la coopération qui interroge. Dans un pays dont le budget dépend largement de l’aide internationale, la relation avec les institutions multilatérales est rarement équilibrée. Les priorités sont souvent définies dans le cadre de logiques globales, pensées à l’extérieur, puis adaptées à la marge aux réalités locales. Cette asymétrie nourrit un sentiment persistant d’ingérence, où l’expertise internationale supplante la capacité de décision nationale.

La rhétorique du partenariat masque difficilement une dépendance prolongée. Les grandes orientations éducatives, économiques ou institutionnelles passent fréquemment par des cadres élaborés hors du pays. Si la coopération se veut technique, ses effets sont profondément politiques : elle contribue à façonner les politiques publiques, à orienter les budgets, à définir ce qui est jugé prioritaire.

Pendant ce temps, la crise multidimensionnelle que traverse Haïti ne cesse de s’aggraver. L’insécurité fragilise la liberté de la presse que l’on dit vouloir protéger. Le manque d’infrastructures compromet les ambitions scientifiques affichées. L’absence d’investissements publics massifs rend dérisoires les annonces de renforcement des capacités.

Les rencontres diplomatiques produisent des images, des déclarations et des engagements formels. Mais elles peinent à convaincre une population qui attend des changements visibles, durables et souverains. À force de coopérations sans transformation structurelle, la diplomatie internationale en Haïti donne le sentiment d’un cycle sans fin : beaucoup de dialogues, peu de ruptures.

Dans un pays marqué par une longue histoire d’interventions extérieures, la coopération ne peut être crédible que si elle s’inscrit dans un véritable projet d’autonomie politique et de justice sociale. Sans cela, elle risque de rester un exercice de communication, pendant que la crise, elle, continue de s’approfondir.

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